Voilà, je suis de retour. Je veux dire, de retour à la maison. Et au travail. Bref, les vacances sont finies. Commencées et achevées sous le soleil radieux de la
Provence, au milieu des cyprès et des oliviers, jamais très loin d'une piscine... Crénelées par des routes dominicales pour relier chaque endroit et, ainsi, voir la famille, et tant pis pour la
grisaille dès qu'on s'éloigne de la Méditerranée. Avec les barbecues, les bouteilles de rosé, les parties de tennis ou de tarot, et même du whisky japonais ! Bref, des vacances. Des vacances
calmes et familiales. Des vacances utiles, nécessaires, indispensables ! Une parenthèse heureuse, une parenthèse enchantée.
Enfin presque. Oui, tout était parfait. Sauf mon état d'esprit. Malgré la perfection des instants vécus, il n'y a pas eu un jour où je sois parvenu à décrocher, à
ne plus penser à "l'après". Partout, tout le temps, me suivait l'obsédante question de mon devenir professionnel.
Car les choses se sont corsées depuis mon dernier article où, la fatigue aidant, je n'étais pas bien optimiste. Depuis, nous savons que nous ne POURRONS peut-être
pas revenir dans le Sud-ouest. Les aléas de la vie sont ceux-là et, chaque jour, le nombre de places d'internes à Bordeaux accessibles pour la Belle se réduit... Quant à Toulouse, c'est déjà
complet. C'est un suspens étouffant dont nous nous serions bien passé. A la rigueur, on préférerait savoir que c'est mort et pouvoir enfin et complètement nous tourner vers autre chose ! Mais
non, il reste 18 places en l'état actuel des simulations en ligne, ce sera peut-être suffisant. Ou pas.
Et alors, si ce n'est pas le cas, que fait-on ? On a dû s'inventer en urgence une autre vie, un autre projet, un plan B. Nous ne pouvons pas être comme les
"non-istes" de 2005, nous, on est obligés d'avoir un plan B ! Et ce plan B, c'est quoi ? Au début, on a cherché Nantes et Rennes. Mais les deux listes d'internat sont déjà complètes ! Alors, où ?
Rouen ? Aix ? Poitiers ? Limoges ?
Et puis moi, dans tout ça, je deviens quoi ? Ma boîte, elle est en Lot-et-Garonne ! Si je ne rentre pas dans le Sud-ouest, on ne pourra pas continuer ! Tu vois,
j'en suis là, perplexe, perdu, impatient de savoir.
Et pourtant, incroyablement détendu, zen. Pas une insomnie notable à cause de tout ça. Nada, ke pouik. Un calme étrangement étrange quand, tu t'en souviens, il y a
peu, j'enchainais les nuits blanches pour des histoires de trésorerie et de paiements URSSAF ! Aurais-je vieilli ? Deviens-je un vieux sage ?
Je ne pense pas !
Par contre, j'accepte avec beaucoup de philosophie ce qui va arriver, parce que, derrière les événements et quelle que soit la trajectoire que nous emprunterons, je
trace ma voie, mon sillage, je suis la seule piste qui demeure essentielle à mes yeux, je reste engagée sur la "via aurea" sur laquelle je chemine depuis maintenant 3 ans et qui est celle sur
laquelle nous sommes deux. C'est la seule évidence et c'est la seule certitude. Il n'y a pas une seule hésitation sur ce point : là où elle ira, j'irai. Rien d'autre n'aurait de
sens.
Après, nous sommes intelligents et raisonnables. Le choix du plan B intègre largement les possibilités professionnelles que je pourrais y trouver. C'est vrai que je
ne suis pas chaud chaud pour aller dans le Sud-est. Je ne me sens pas capable de bosser avec les élus de là-bas. En plus, je n'y ai aucune référence, aucun contact, aucune notoriété ! Repartir de
zéro, quand tu es seul et sans fonds de roulement, c'est kamikaze. Alors, le plan B, il sera de toute façon plus proche de l'atlantique que de la Méditerranée. Aujourd'hui, nous songeons à Rouen.
La Normandie, la mer, Paris tout proche... On verra bien si cette idée persiste.
La vérité, c'est que ce mois de vacances a avant tout servi à faire le deuil du retour dans le Sud-ouest. S'il restait une place à Bordeaux, ce serait une
merveilleuse surprise et nous serions comblés. Mais le plus probable est ailleurs. Les vacances m'ont servi à traverser un gué symbolique. Désormais, je suis sur l'autre rive, je tourne le dos à
l'Aquitaine, à la Gascogne, à mon entreprise aussi. Mon bébé, ma seule oeuvre à ce jour. J'appréhende avec calme les risques et les difficultés qui m'attendent. Mais je suis résolu, confiant,
optimiste. Excessivement ? Peut-être, mais c'est sans doute nécessaire pour avancer. Certains diraient "fataliste". D'autres "aventureux". Mais détrompez-vous. Je vais au-devant de
l'obstacle non par nécessité mais parce que c'est la seule chose sensée qui soit. Parce que c'est la voie que j'ai choisie. Et tant pis pour les sacrifices. Tant pis pour la fine équipe que nous
formons avec mon associé, si celle-ci ne pouvait poursuivre son aventure. Tant pis pour mon bébé, ma seule oeuvre à ce jour. Et, finalement, le plus dur, c'est peut-être de renoncer au soleil et
à la chaleur !
Quand Alexandre le Grand a eu conquis toute la Grèce, il ne s'est pas arrêté là. Il n'a pas dit : "c'est mon bébé, c'est ma grande oeuvre à ce jour, je reste là".
Non, il a suivi sa voie, la seule qui lui donnait du sens. Il a tourné casaque, il a franchi la mer. Et il a conquis un empire.
Là où nous irons ne sera pas une impasse. Où que ce soit, ce sera mon Alexandrie.
Paroles d'explorateurs