Lundi 13 juin 2011 1 13 /06 /Juin /2011 17:21

Tandis que la vie suit son cours, tandis que l’été approche et nos projets heureux de repos et de voyages avec lui, hélas, la guerre sévit ici ou là et emporte des jeunes gens.

Il s’appelle Matthieu, il a 37 ans, une femme, 4 enfants et un cinquième à naître (ou tout juste né, je ne sais pas), qu’il n’embrassera jamais. Il était soldat dans l’armée de son pays, notre pays. Il a perdu la vie en Afghanistan. Au JT, tu as peut-être vu sa photo, entendu son nom. Ton cœur s’est peut-être serré, surtout lorsque Laurent Delahousse a rappelé qu’il était le 52ème soldat français mort là-bas depuis 2002…

Oui mais voilà, Mattieu n’était pas un numéro, pas plus que les 51 précédents, pas plus que ceux tombés partout sur le globe, Français ou autres, partis loin de chez eux combattre pour la paix, la sécurité, la protection des populations ou autre…. Matthieu était un père de famille, un mari, un fils, un frère.

Et si je te parle de lui, précisément, alors que tant d’autres ont perdu la vie avant lui sur tous les théâtres d’opération du monde, alors que des milliers d’innocents meurent chaque jour partout sur la planète, si j’ai choisi de marquer le coup, ici - qui n’est nulle part - c’est parce que Matthieu est le frère d’un ami. Je l’ai peut-être croisé une ou deux fois, j’avoue n’en avoir pas souvenir. Mais je sais une famille atteinte dans sa chair et dans son cœur, et peut-être aussi éprouvée dans sa foi et dans ses convictions. Dans cette famille, porter l’uniforme n’est pas une découverte et les sacrifices qui vont avec non plus. Il y avait – j’en suis certain – un dévouement et un engagement entiers chez Matthieu, comme c’est le cas chez son frère, lui aussi militaire, dans la gendarmerie. Oui, Matthieu et sa famille connaissaient le risque, ils savaient que des soldats meurent sur les terrains d’opérations. Ils savaient que l’Afghanistan est un pays où des militaires perdent la vie et ils l’acceptaient. Oui, sûrement. Mais là c’est arrivé.

Je veux témoigner ici de mon émotion, et de ma solidarité avec sa famille. Je veux aussi dire ma reconnaissance pour ces jeunes gens, nos soldats sur les cinq continents, qui prennent le risque de mourir pour défendre une cause plus grande qu’eux-mêmes, plus grande que nous : la paix, la liberté et la sécurité.

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Lundi 30 mai 2011 1 30 /05 /Mai /2011 12:52

Parfois, des gens extraordinaires font des choses extraordinaires. Parfois, ces gens extraordinaires, doués de talents que très peu reçoivent, suscitent notre admiration. Le sport, ces jours-ci notamment, nous en donnent pleins d'exemples. A Roland Garros, les dieux du stade rivalisent de force, de technicité, de puissance, et les beaux coups pleuvent devant nos yeux émerveillés. En rugby, Montpellier et le Racing ont livré un spectacle haletant, à la limite du soutenable pour nos nerfs de petits téléspectateurs lambdas. En foot, Léo Messi et ses copains du Barça ont porté le jeu de ballon à un niveau qu'il n'avait sans doute jamais atteint. Oui, le sport nous a offert tout ça, ces jours-ci, ce spectacle admirable des gens extraordinaires au sommet de leur art.

Et pourtant, ceux qui forcent mon admiration aujourd'hui, tout spécialement aujourd'hui, sont des gens ordinaires qui s'apprêtent à parachever quelque chose d'extraordinaire. Je te parle de jeunes gens et de jeunes femmes d'environ 24-25 ans, dans toute la France, qui, pendant trois jours, vont passer l'examen classant national des études de médecine, ce que l'on appelle communément le "concours de l'internat".

Oui, je dis que ces gens font quelque chose d'extraordinaire. Pourtant je sais qu'ils sont 7000 chaque année en France à faire la même chose. Pourtant je sais que même le dernier de ce "concours" sera médecin, que personne ne sera éliminé. Oui, je sais tout cela. Pourtant, j'affirme que ces jeunes qui sentent en ce moment précis (j'écris à moins d'une heure du commencement de la première épreuve) une boule se nouer dans leur estomac accomplissent quelque chose d'extraordinaire. A la seule force de leur travail, ils vont accomplir l'oeuvre de 6 ou 7 années d'efforts remarquables, de révisions sans relâche, de conduite en même temps d'études extrêmement relevées avec la pratique à mi-temps d'une activité professionnelle en hôpital. C'est l'heure de parachever la grande oeuvre de leur jeune vie. D'obtenir la possibilité du choix, d'ouvrir une page nouvelle de leur existence. De s'engager enfin dans la vie, la vie des adultes, la vraie vie, celle où les week-ends sont fait pour se reposer et où les vacances sont exemptes d'interminables révisions. Leur vie sera belle, certes. Ces jeunes, mêmes les moins bien classés, seront à l'abri du besoin matériel, certes. Un médecin gagnera toujours plus qu'une caissière de chez Carrefour, certes. Mais, cette vie, cette possibilité du choix que les meilleurs auront, cette tranquillité matérielle, ils seront allés les chercher en puisant dans leur être, en allant je le crois au-delà d'eux-mêmes. Ils auront sué, marné, cravaché. Ils se seront privés beaucoup, je l'atteste ici pour l'avoir vu de mes yeux au quotidien pendant ces deux dernières années.

Tu le sais, je n'écris pas cet article par hasard. Je suis indirectement concerné par ce concours. Et, en écrivant ces lignes, mes pensées ne s'éloignent pas une seule seconde de cette jeune femme aux yeux bleus, sûrement tendue dans son RER, le regard tourné vers ce sommet tant attendu, tant espéré, tant redouté aussi.

C'est l'heure de ces gens ordinaires qui sont extraordinaires. Extraordinaires.

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Lundi 9 mai 2011 1 09 /05 /Mai /2011 20:31

(...) Donc nous aurons l'Europe République.    
Comment l'aurons-nous ?        
Par une guerre ou une révolution.         
Par une guerre, si l'Allemagne y force la France. Par une révolution, si les rois y forcent les peuples. Mais, à coup sûr, cette chose immense, La République européenne, nous l'aurons.      
Nous aurons ces grands Etats-Unis d'Europe, qui couronneront le vieux monde comme les Etats-Unis d'Amérique couronnent le nouveau. Nous aurons l'esprit de conquête transfiguré en esprit de découverte ; nous aurons la généreuse fraternité des nations au lieu de la fraternité féroce des empereurs ; nous aurons la patrie sans la frontière, le budget sans le parasitisme, le commerce sans la douane, la circulation sans la barrière, l'éducation sans l'abrutissement, la jeunesse sans la caserne, le courage sans le combat, la justice sans l'échafaud, la vie sans le meurtre, la forêt sans le tigre, la charrue sans le glaive, la parole sans le bâillon, la conscience sans le joug, la vérité sans le dogme, Dieu sans le prêtre, le ciel sans l'enfer, l'amour sans la haine. L'effroyable ligature de la civilisation sera défaite ; l'isthme affreux qui sépare ces deux mers : Humanité et Félicité, sera coupé. Il y aura sur le monde un flot de lumière. Et qu'est-ce que c'est que toute cette lumière ? C'est la liberté. Et qu'est-ce que c'est que toute cette liberté ? C'est la paix.

 

Actes et Paroles III, 2ème partie, Chapitre XII,
Lettre de Victor Hugo aux membres du Congrès de la Paix, à Lugano, 20 septembre 1872.

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Lundi 25 avril 2011 1 25 /04 /Avr /2011 16:54

Ce qui suit est le début d'une histoire qui, très probablement, ne sera jamais écrite. Le personnage central s'appelle Kimberley, une jeune franco-américaine, étudiante à Paris. Au final, seul le récit de deux journées de Kimi auront jamais été posées sur le papier, les voici. Bonne lecture !


     Un timide soleil venait d’apparaître derrière les tours de Notre-Dame, balayant la ville d’une lumière très blanche. L’air semblait pur, froid, presque piquant. Paris s’éveillait seulement et, même en son cœur, l’agitation n’y avait pas encore repris ses droits. Plusieurs signes pourtant annonçaient la fin de la trêve nocturne et le retour prochain du tremblement habituel. Les boulangeries accueillaient leurs premiers clients, des bus sillonnaient à vive allure les couloirs réservés du boulevard ou des quais. Les premiers touristes se mêlaient aux premiers étudiants à la sortie de la station du RER. Dans les cafés, on parlait de football ou de politique, on commentait la crise ambiante devant un café noir ou un verre de blanc. Les camions des éboueurs déchiraient le silence des rues endormies. Ce n’était finalement rien d’autre qu’un petit matin d’automne sur Paris.
     Kimberley Hamilton sortit à son tour de la station Saint-Michel et longea le boulevard Saint-Germain. Elle avait vingt-cinq ans et étudiait le droit international à l’Université Paris V, sise à Odéon. Ce matin là, les traits un peu tirés, elle marchait d’un pas rapide, comme pour échapper au froid. Elle portait un manteau gris mi-long sur un pantalon noir. Son sac d’étudiante pendait à son épaule. Un bonnet gris couvrait sa tête, laissant dépasser ses généreuses mèches bouclées châtain foncé. Elle bifurqua dans la rue Hautefeuille, jeta dans la première poubelle venue le sachet qu’elle tenait à la main et frotta ses mains l’une contre l’autre, comme si ces jolis gants en cuir brun ne la protégeaient pas suffisamment du froid. Elle arriva enfin rue de l’Ecole de Médecine, pénétra dans la faculté, traversa la cour et rejoignit rapidement son amphi. Elle était en retard.
     Elle s’assit à côté de son amie Perrine Laval et sortit ses affaires. Le cour avait commencé, le processus de négociation préalable à l’admission de nouveaux membres dans l’Union Européenne incluait de nombreuses étapes et Kimberley en avait déjà raté quelques-unes.

     Après le cour, les deux filles allèrent boire un café. Perrine raconta sa soirée au théâtre, conseilla vivement à Kimberley d’aller voir la pièce et s’extasia sur le jeu d’acteur de Jean Dujardin. De son côté, Kimi expliqua qu’elle avait dîné chez elle et regardé la télé. Puis elle s’était couchée tôt, pas suffisamment manifestement pour être à l’heure ! Elle avait faim, le cour d’Anglais qui suivait ne lui apprendrait rien, elle décida de le sécher.
     Il y a un petit salon de thé rue de l’Ecole de Médecine, elle y alla. Elle passa commande d’un thé et d’un pain au chocolat et se plongea dans la lecture du journal laissé là sur la table par un précédent client. La lecture du Parisien lui permit de passer le temps.

     Kimberley Hamilton n’aimait rien moins que d’être prise pour une Américaine. Et pourtant, elle l’était ! "A moitié, disait-elle, à moitié seulement, la moins bonne !" Elle était née à New York, d’un père américain et d’une mère française. Ses parents avaient vécu aux Etats-Unis sans discontinuer depuis leur mariage, à Philadelphie d’abord, puis à Big Apple. Elle avait grandi là-bas comme une petite Américaine, suivi sa scolarité là-bas, baigné dans l’atmosphère autocentrée de la bourgeoisie new-yorkaise. Dans le même temps, elle avait découvert auprès de sa mère la langue et la culture françaises. Et elle en était tombé amoureuse. Contrairement à sa sœur aînée, elle avait cultivé ses origines outre-Atlantique, appris et parlé le Français au même titre que l’Anglais, sa langue paternelle. Elle avait lu les auteurs classiques, puis la littérature moderne. A quatorze ans, elle lisait quotidiennement Le Monde auquel elle avait tenu à s’abonner. Chaque été, elle savourait le mois passé en France, dans sa famille maternelle. Elle pouvait parler Français toute la journée, visitait ce pays qu’elle voyait le reste de l’année en images sur Internet et, surtout, elle mangeait enfin comme il faut ! Ses parents vivaient comme toutes les familles de leur milieu. Même sa mère avait délibérément adopté les modes de vie américains, mâtinés à la sauce Manhattan : on surfait sur les vagues de la mode, on mangeait les mets diet ou chargés de bons éléments miraculeux promus par les magazines branchés, on sortait à Broadway et, plus souvent, dans des soirées ultra-chics, théâtres de mondanités tout à fait stupéfiantes pour quiconque n’aurait pas grandi dedans. Kimi n’avait jamais aimé cette vie, ses codes, son caractère artificiel, suffisant. Elle avait eu envie de voir le monde et, pour elle, le monde, c’était surtout la France. Avec le temps, elle avait même fini par ne plus aimer New York. Le jour de ses 16 ans, elle avait vu – de ses yeux – le second avion percuter la Tour Sud du World Trade Center. Elle avait alors décidé de partir, de venir en France, le plus tôt possible. Trois ans plus tard, c’était chose faite : malgré la désapprobation paternelle, Kimberley débarqua à Paris et s’inscrivit à la Fac de Droit. Dès le premier soir de sa nouvelle vie, elle avait enfoui son passeport américain au fond d’un tiroir et conservé uniquement sur elle la précieuse carte d’identité nationale à l’effigie de la République Française qu’elle avait fait établir par les services consulaires avant de partir. Sur la multitude de formulaires administratifs qu’elle avait dû remplir, pour l’Université, la Sécurité Sociale, son appartement, sa banque, son abonnement téléphonique, etc., elle avait systématiquement noté le mot "française" dans la case relative à sa nationalité. Elle avait gommé chaque détail de l’Américaine en elle et se donnait beaucoup de peine pour que, malgré son nom, tout le monde pût ne voir en elle qu’une Française comme une autre.

     Elle rentra chez elle vers dix-sept heures et s’offrit le réconfort d’une douche brulante. Emmitouflée dans son peignoir, la jeune femme ouvrit ensuite son courrier et écouta les messages en attente sur le répondeur de son téléphone. Diogo Guimarães, un musicien portugais que Kimberley avait rencontré dans une soirée la semaine passée, voulait avoir de ses nouvelles, espérait qu’il avait bien fait de l’appeler et proposait de l’inviter à dîner le lendemain soir. Kimi sourit et se demanda si elle ne devrait pas accepter. Elle l’avait trouvé plutôt mignon, ce Diogo, malgré son petit résidus mal dissimulé de crâne latino. Peut-être parce qu’elle demeurait malgré tout une Anglo-saxonne, elle rencontrait encore des difficultés avec les gens et les cultures de la Méditerranée. Les Latins restaient pour elle d’indécrottables baratineurs, tandis que les Nord-Africains lui rappelaient sans cesse, inconsciemment, les avions jetés dans les Tours jumelles. Elle s’en voulait de ces pensées, elle se blâmait pour ces amalgames mais, quoi qu’elle le détestât, elle n’acceptait jamais de se laisser approcher par un Beur dans une soirée et elle choisissait en fonction ses places dans le métro. C’était plus fort qu’elle, elle s’en voulait mais elle ne parvenait pas à dépasser cette peur qu’elle savait ridicule et franchement honteuse. Le deuxième message venait de sa mère. Isabelle Hamilton voulait une nouvelle fois convaincre sa fille de rentrer aux Etats-Unis pour Noël. Les deux femmes en avaient déjà parlé à plusieurs reprises et, inlassablement, Kimi réfutait tous les arguments de ses parents. Elle ne voulait pas rentrer au pays pour de si courtes vacances, elle aimait Noël en France, elle voyait la famille. Comment faire comprendre à ses parents qu’elle se faisait déjà violence pour passer là-bas un mois entier chaque été ? L’année passée, elle s’était inventé des partiels à la rentrée de janvier. Pour cette année, elle cherchait encore ! Enfin, un dernier message avait été laissé par un certain Alex Legrand, de la Librairie Fontaine : le livre qu’elle attendait était arrivé, elle pouvait venir le chercher quand elle voulait. Le courrier ne contenait que des pubs, que Kimi jeta sans leur prêter intérêt.
     Vers vingt heures, elle dîna rapidement en regardant les informations télévisées puis se connecta à Internet. Profitant du décalage horaire avec les Etats-Unis, elle chata avec sa sœur Chelsea puis avec quelques amies new-yorkaises jusqu’à une heure avancée de la soirée.

     Le lendemain, la jeune femme passa la journée entière à la fac. A midi, en sortant de cours, elle laissa un message à Diogo pour accepter son invitation. Puis elle déjeuna avec Perrine et d’autres étudiants dans une brasserie de la rue Monsieur le Prince. Elle s’installa ensuite pour travailler à la Bibliothèque de l’université. Vers seize heures, elle s’offrit une pause café. Là, elle vit s’approcher Damien Lunel, un jeune maître de conférence dont elle avait suivi le cours l’année précédente. Celui-là aussi lui plaisait bien ! Il lui proposa d’offrir le café, ce que Kimi accepta volontiers. Puis ils restèrent un moment à discuter. Comme elle allait repartir vers la bibliothèque, Damien lui proposa de passer la soirée avec elle. Elle refusa d’abord, proposa qu’ils se voient pendant le week-end. Le jeune universitaire insista, il devait s’absenter cette fin de semaine ; obligation familiale, argua-t-il. Il lui promit "un super resto qu’il connaissait et qu’elle adorerait sûrement" et la jeune femme se laissa convaincre. Ils se fixèrent rendez-vous vers vingt heures dans un bar de Saint-Germain-des-Prés et se séparèrent. Kimi laissa un nouveau message à Diogo, se confondit en excuses et annula le dîner prévu. Elle inventa un prétexte, une amie américaine de passage à Paris, et promit de rappeler son interlocuteur très rapidement pour fixer une autre date. Elle mentait fort bien, de toute évidence n’en était pas à sa première mystification du genre ! Elle reprit son cours de Droit communautaire là où elle l’avait laissé et laissa filer le reste de la journée.
     Elle retrouva Damien comme prévu, avec un quart d’heure de retard. Il ne s’en offusqua pas, bien qu’il fut pour sa part arrivé avec un bon quart d’heure d’avance. Finalement, chacun jouait son rôle dans un exercice finalement assez codifié. Ils prirent un verre en échangeant des banalités. A une table voisine, un écrivain assez célèbre assénait une conférence improvisée à une très jeune fille très bien faite de sa personne qui le dévorait des yeux. Damien et Kimberley s’en amusèrent. Ensuite, ils marchèrent un peu le long du Boulevard Saint-Germain puis s’engagèrent dans une ruelle. Là, de nombreuses enseignes lumineuses de restaurants illuminaient la nuit. Coréen, italien, japonais, périgourdin, il y en avait pour tous les goûts ! Damien poussa la porte du seul endroit sans affichage lumineux de la rue. Il fallait connaître l’endroit pour seulement comprendre qu’il s’agissait d’un restaurant : pas de vitrine, une petite porte vermoulue, tout juste une petite plaque indiquant le nom de l’endroit. Pour rassurer Kimberley, Damien assura que le chef était un ami à lui, "un as des as", ajouta-t-il. Effectivement, dans une toute petite salle remplie à craquer d’habitués, les deux jeunes gens passèrent une excellente soirée. La cuisine se révéla raffinée et originale. Damien se montra charmant et drôle et Kimi se laissa séduire. Un peu avant vingt-trois heures, ils se retrouvèrent dans la rue.
     "J’habite tout près. Tu viens prendre un dernier verre à la maison ?"
     L’invitation du jeune homme était directe. Pour autant, Kimberley l’accepta sans sourciller. Ils s’embrassèrent dans l’ascenseur. De "dernier verre", il n’y eut point…

 

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Mercredi 20 avril 2011 3 20 /04 /Avr /2011 18:35

Et puis soudain, ce fut le grand fracas, le tremblement du monde.

A l'autre bout du globe, une des sociétés les plus modernes du monde fut rattrappée par la nature. Et l'homme vit sa créature se dresser, monstrueuse, contre lui. Aux Termopyles, ils étaient 300, dressés contre toute l'armée perse. A Fukushima, on a parlé des 50, ces 50 premiers gars qui sont allés au coeur de l'enfer tenter d'apposer les premières rustines. Dans des conditions d'impréparation incroyables. Aujourd'hui, ces 50 sont tenus à l'écart, dans un bateau et nul ne sait dans quel état ils sont. S'ils ne sont morts, ils sont déjà condamnés. D'autres ont pris le relais. La société Tepco offre aujourd'hui l'équivalent de 1000$ par jour pour convaincre de nouveaux candidats d'y aller. Dans le tremblement du monde, l'ogre nucléaire a sonné la première charge.

Pendant que le monde industrialisé (re)découvrait avec effroi combien il est vulnérable et mortel, d'autres peuples ont eux voulu écrire une belle page de leur histoire. En Tunisie, au Yemen, en Egypte, ailleurs, les Arabes ont commencé à secouer le joug sous lequel ils avançaient courbés, résignés, dupés aussi. Rackettés, spoliés, infantilisés. Mais à Deraa, mais à Misrata, la révolution tourne au bain de sang. La Lybie est un pays en guerre civile, coupé en deux, bombardé par les avions de l'OTAN. Sans que le dictateur ne tremble vraiment. L'agent immobilier américain lui cherche une villégiature. 

Pendant que le monde arabe connaissait son printemps, la Côte d'Ivoire vivait l'enfer. En ce moment, en Afrique, le meilleur moyen de déclencher des massacres, c'est d'organiser une élection. L'entêtement de Laurent Gbagbo aurait coûter encore plus cher en vies humaines que ce n'a été le cas. Et je suis bien content si nos forces armées ont donné le petit coup de pouce nécessaire pour que ça aille plus vite. Mais il n'y a pas qu'en Côte d'Ivoire. Voilà le Nigeria : élection, contestation, émeutes, répression, escalade de la violence, conflits ethniques et religieux, le scénario est bien huilé, un épisode par jour sur RFI...

Le monde a tremblé, pour le meilleur et pour le pire. Sont surgies à la surface du globe autant d'espérances nouvelles que d'incertitudes. 

Heureusement, il y a la France. Fidèle à ce qu'elle est devenue, nombriliste, la France observe le fracas de l'époque avec circonspection. Passés les quelques jours de panique incontrôlée, profitables aux seuls marchands de pastilles iodées, la France a recommencé à se curer le nez en se regardant dans la glace. Elle a entraîné tout le monde en Lybie, c'est bien. Mais comment ne pas voir dans sa hâte, son cavalier seul même au départ, une façon tellement grosse de masquer le couac tunisien de décembre ? Le petit Nicolas a montré, une fois de plus, que la France, désormais, se moque de l'Europe et des Européens. Ce n'est pas bien, même si, in fine, le resultat fut là. La France se regarde le nombril. Elle est fière d'être à la pointe du combat anti-Kadhafi. Comme si cela pouvait faire oublier la tente du Guide plantée comme une énième provocation au monde dans les jardins de l'Hôtel Marigny ? Oui, la France se regarde le nombril. Au JT, l'évolution de la révolution tunisienne est passée sous silence. Tout ce qui compte, c'est de savoir si ces salauds de migrants arrivés à Lampedusa pourront ou pas se balader chez nous avant de disparaître comme par enchantement pour réapparaître sur nos chantiers de BTP ou dans l'arrière-cuisine de nos paillotes estivales. Un peuple s'est soulevé, nous on descend la herse. La France s'aime bien. Elle a rappelé qu'elle est laïque, quel scoop ! Un mauvais héritier des castors-juniors devenu ministre de l'intérieur, cherchant à complaire au Maître, nous humilie un peu plus à chaque sortie verbale. A son niveau, c'est devenu de la diahrrée verbale ! Mais qu'il se taise le Guéant ! 
Pendant que le monde tremble et s'interroge, la France débat au comptoir : DSK ira-t-il ? Et Villepin ? Et Borloo ? Et Domenech ? (non, je plaisante !) La France se pose de vraies questions : prime démago de 1000 € ou alors prime électoralo-démago de 1000 € ? Chabal, ira ou ira pas (à la coupe du monde, pas aux présidentielles) ?
Que tombent les bombes outre-méditerranée, nous, ce qu'on veut savoir, c'est si une oeuvre soi-disant d'art peut insulter la religion (chrétienne) (ben oui, les autres, on sait : c'est non). Ce qu'on veut savoir, c'est si Carlita ira gravir les marches à Cannes et comment le petit Nicolas trouvera l'interprétation de son propre personnage par Podalydès dans le film présenté hors compétition. Nous, ce qu'on trouve marrant, c'est les révélations de FOG sur les humeurs présidentielles, nous ce qu'on adore, c'est dire du mal de Ribéry et d'Evra ; nous, nos questions existentielles, c'est de savoir si Bertrand Cantat a le droit d'exercer son métier publiquement !

Je te jure...

En plus, on n'a même pas un jour férié pour pouvoir regarder le mariage de Kate et William à la télé vendredi en huit... Fais ch... (NB : on ne doit pas dire "Kate", mais "Catherine", son vrai prénom : c'est un décret royal qui l'impose) (enfin, ça c'est pour si tu es Glaouche ou si tu vis là-bas, ici, nous, parce qu'on est les Français et qu'on un énorme nombril rempli de contentement et de connerie en poudre, et ben, nous, on continue à dire "Kate" si on veut ! C'est compris les autres ? Nous, on fait que ce qu'on veut ET ON VOUS EMMERDE !)

Non mais !...

 

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