Mardi 1 mars 2011
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20:00
Dans le métro ce matin, ligne 9 entre Auteuil et Troca, une minette, 15-16 ans, assise dans un carré. Le Blackberry dans une main,
le poudrier dans l’autre, s’assurant qu’elle bien toute belle avant d’arriver au lycée. "Si à 16 ans, tu n’as pas un Blackberry ou un Iphone, tu as raté ta vie." RIDICULE !
Ce Secrétaire d’Etat, pote de Kadhafi, qui le samedi jure que "si elle part, je pars !", en parlant de sa compagne ministre, et
qui le lundi est toujours là. MINABLE…
Ce grand garçon qui rentre de vacances dans un pays lointain. Atterrit à Roissy, aéroport bien connu pour être mal desservi par les
transports (RER, Navette Air France, taxis par milliers, et même TGV pour ceux qui vont loin !). Oui mais lui, il appelle sa man-man qui habite à l’autre bout de l’Ile-de-France, pour
qu’elle vienne le chercher. RIDICULE !
BOULET ! BOULET ! BOULET !
Ces greluches par milliers dans le métro, les rues, les avenues, les bus (mais pas le RER, elles y vont jamais, "y’a que d’la
racaille là-dedans") avec des bottines absurdes, en forme de pseudo-après-skis, qu’elles sortent toutes de leur placard à peu près le même jour d’octobre et rangeront toutes dans leur placard à
peu près le même jour de mars ou avril. Elles font pouf avec ça ! Certaines sont également du genre à tenir un Blackberry dans une main et leur poudrier de l’autre. RIDICULE !
Ce jeune consultant dynamique, enthousiaste, volontaire, motivé, à qui la DRH doit quand même expliquer que pour aller en
déplacement chez les clients, il faut faire un effort vestimentaire minimal… Genre pas un jean, mais un col (une chemise quoi !), pas des baskets, etc. Pas besoin de taper dans le costard,
mais un minimum, merde ! Le message semble être passé. Pourtant, la DRH revient dans le bureau et précise (je cite textuellement, en tant que témoin oculaire et auditif de la scène) :
"Et repassée la chemise !" On pourrait croire que cette ultime remarque était quelque peu inutile. Oui mais non : "Oh non !" s’est exclamé le jeune cadre dynamique. RIDICULE !
Et juste derrière, il s’adresse à sa voisine de bureau et dit : "Je vais demander à mon coloc’ de me montrer comment on
repasse." Tu me diras, ça pourrait être pire : il aurait pu appeler sa man-man pour qu’elle vienne chez lui repasser ses chemises !
BOULET ! BOULET ! BOULET !
Un vieux con, qui se dit que, de son temps, on était quand même mieux éduqué, qu’on respectait plus de choses, qu’on était plus
débrouillard, qu’on savait vivre, etc. Et qui se dit qu’il n’a même pas 40 piges et que c’est un peu tôt pour penser déjà ça… Et qui repense à ce film, Ridicule !, dont la morale, c’est que, pour sauver ses paysans des épidémies, le chevalier de Machin-Truc, il n’a rien à attendre de la société qui n’en a
cure, qui se regarde le nombril en oisivant, et qui prépare sa chute, et que donc, ce qu’il a à faire, c’est de rentrer dans ses Dombes et de faire ce qu’il peut avec ses petits bras musclés pour
limiter la casse… Et peut-être un jour, parvenir à assécher ses marais. Et le vieux con qui est encore bien jeune pour être un vieux con, il se dit que lui aussi, il va faire ça, qu’il va arrêter
de se désespérer à propos de ses contemporains et qu'il va repartir dans ses Dombes (qui sont nettement plus à l’Ouest que les vraies, ses Dombes à lui), s’occuper de sa vie et de ses proches et
que ce sera bien suffisant. Et il se jure que sa gamine n’aura pas un Blackberry à 16 ans, que son gamin saura, à 26 ans, prendre le train pour rentrer de vacances et aussi qu’il faut mettre une
chemise repassée pour aller voir les clients et que, pour être sûrs qu’ils apprennent bien tout ce qu’il faut – et qui ne s’apprend pas à la maison – et bien, contrairement à ce qu’il a toujours
dit, et bien, ses gamins, il les mettra peut-être quand même dans le privé et qu’il s’arrangera autrement pour leur ouvrir quand même l’esprit sur le vaste monde et sur les gens qui sont leurs
prochains… Et il regrette cette putain de nuit blanche où il a encore cogité en circuit fermé. Et il se demande si, penser tout ça – et plus encore l’écrire – ce n’est pas un peu…
RIDICULE !
Enfin, le plus triste est certainement à venir. BOULET ! BOULET !
BOULET !
Paroles d'explorateurs