Samedi 19 février 2011 6 19 /02 /Fév /2011 15:54

"Et soudain, alors que le crépuscule de Melbourne jetait ses derniers rayons rosés au travers du toit à demi-clos, il n'y eut rien d'autre à faire que s'asseoir, se taire et contempler. Admirer l'oeuvre d'un génie aux confins de son art, tracer des lignes, tirer des courbes, dessiner des arabesques, inventer des trajectoires, calligraphier l'espace..."

On pourrait croire que ces lignes sortent d'un roman épique, d'une épopée dans le bush australien, il n'en est rien. Ces quelques phrases sont issues d'un... magazine sportif ! Il s'agit du début de reportage  dans Tennis Magazine sur la finale de l'Open d'Australie 2010, il y a un peu plus d'un an, remportée par Roger Federer.

A lire ces lignes, on ne peut que se dire qu'elles ne sont pas du plus pur style journalistique ! Pour moi ce n'est pas un hasard. A l'issue d'une finale éblouissante, l'auteur de cet article a tout simplement été emporté au-delà du professionnalisme. Car le tennis joué à ce niveau est plus qu'un sport, il devient un art.

Bref, ce soir-là, il n'y a pas que son adversaire que "le maître" a su faire déjouer, il y a le journaliste aussi. Et sans doute bien des téléspectateurs tout autour du monde.

 

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Dimanche 13 février 2011 7 13 /02 /Fév /2011 11:39

Je me souviens bien que naguère
Il n’avait d’yeux qu’pour Liv Tyler
Et le cochon n’avait pas tort
Car elle a un joli p’tit corps

Oui mais tout ça a bien changé
Et Liv Tyler est oubliée
Et les posters sont tous rangés
Elle peut aller se rhabiller !

      Désormais il ne fait grand cas
      Que d’une certaine Gothica

Au panthéon des héroïnes
Dans les pages des magazines
Pas une qui ne tienne la route
Toutes les it girls sont en déroute

Et le cochon a bien raison
De n’plus rêver comme un oison
A des actrices oscarisées
Ou des cagoles décérébrées

      Celles-là, il les laisse aux footeux
      Seule Gothica emplit ses yeux (avec aussi un peu ses cheveux)

Et quand bien même ce teenager
A envoyé paître Liv Tyler
C’est bien qu’il a du caractère
C’est bien qu’c’est une autre qu’il préfère

Et le cochon a bien raison
De pas tomber en pamoison
Devant des filles papier glacé
Ou des chanteuses starac’isées

      Celles-là, il les laisse aux flambeurs
      Seule Gothica habite son cœur

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Dimanche 30 janvier 2011 7 30 /01 /Jan /2011 20:09

D'abord, avant toute chose, saches-le, note-le bien, cet article est dédié à Cintia Dicker, la jolie top-modèle rousse qui joue à la balançoire sur la photo ci-dessous. Oui, parce que c'est un peu grâce à elle que j'écris cet article. En fait, tout commence quand je lis Glamour, que je reçois à la maison chaque mois puisque je m'y suis abonné sous un pseudonyme féminin (qui se trouve être l'exact nom de ma blonde) (qui croit vraiment que c'est elle qui est abonnée... eheheheh !). Et voilà que l'autre mois, je vois un dossier sur les envies de l'été, je te les résume vite fait : des boucles d'oreilles, des maillots de bain, des colliers, et toutes ces choses essentielles sans lesquelles l'été des femmes va forcément être gâché. A chaque page, une photo de cette très belle fille (dont j'ai lu depuis sur Wiki qu'elle est brésilienne) portant les accessoires promus (et parfois ne portant presque rien d'autre que le collier ou le monokini top tendance). Intéressé par ce sujet de fond, je regarde les photos et, comme je suis un grand passionné, je lis aussi les légendes des photos. Là, tu apprends tout, mais alors tout : qui a dessiné le collier (ou le monokini), où tu peux te le procurer (toi aussi, il faut que tu réussisses ton été !) et combien. Tu apprends aussi le nom de la maquilleuse, de la coiffeuse, de la photographe et même de la stagiaire qui a été cherché le café. Mais rien sur la fille ! Rien sur le modèle qui nous dévoile quand même son joli petit corps ! Anonyme ! Ainsi commence mon papier sur la presse féminine : l'endroit où l'on maltraite le plus les femmes, le stade le plus abouti avant les talibans (mais dans l'autre extrême) de la réifaction de la femme. 

dicker.jpg

Au final, le nom de Cintia Dicker était marqué dans la page de sommaire, en police de taille 2 ou 3. Ah ouf ! Quand même !

La presse féminine, puisque tel est mon sujet, est un monde que les hommes ne peuvent pas comprendre. Je me demande même dans quelle mesure il n'est pas préférable qu'ils s'en tiennent à l'écart, conseil que je suis le premier à ne pas tenir. Au programme à la maison donc, Glamour tous les mois, mais aussi par moment Grazia ou encore Marie-Claire. Il existe des milliers de titres, mais je ne vais parler que de ceux que j'ai déjà ouverts. Par exemple, il existe aussi Marie-France, pour les quinquas et les sexagénaires. Je suppose que bientôt, on inventera un Marie-Yvonne pour les nonagénaires désireuses de rester dans le coup.

D'abord, saches-le, un tel journal commence par plusieurs pages de pub, sur lesquelles des filles dont on voit ou devine les seins te vendent un parfum. J'ignore pourquoi il faut montrer des femmes dévêtues pour convaincre d'autres femmes d'acheter un produit, mais bon... En général, ce ne sont pas des thons, donc, je dis rien... Ensuite, tu as la page de sommaire, un rien compliqué à lire tant y'en a dans tous les sens. Grosso modo, tu trouves dans ces canards des pages "people" (pour savoir comment s'habillent les stars), un ou deux reportages de fond (d'une page maxi, faut pas déconner non plus), puis des pages "sexo" pour savoir si tu as envie de tromper ton copain pendant l'été (desfois que, toute seule, tu ne saches pas si tu es heureuse ou pas avec lui), puis des pages "mode" (environ 725 sur les 90 que compte ton journal préféré) et encore quelques rubriques sociétales. L'inévitable quizz. Le tout agrémenté de photos de soi-disantes femmes célèbres, des stars que seules les personnes qui lisent ton journal connaissent, des "jet-setteuses" toutes plus mal fagotées les unes que les autres, dont on te décrit en légende la tenue et la parure, avec nom des créateurs, adresse pour acheter, etc.

Parce que, tu l'auras compris, la presse féminine n'a pas pour objet d'informer les femmes. Non, elle n'est là que pour les pousser à consommer. La presse féminime ne recule devant aucune démagogie pour vendre et faire vendre. C'est le stade  ultime de la société de consommation de masse, frivole, superficielle et sans identité : toutes comme dans Glamour, c'est la seule voie possible pour conserver une existence sociale !

Tout est bien étudié : le format du journal (petit pour tenir dans le sac et pouvoir être ouvert dans le RER), la couverture aguicheuse (très originale toujours : une fille en gros plan) avec un titre prometteur (qui annonce un article de maximum 2 pages), et un ton sans appel : les femmes qui écrivent ces journaux savent tout ce qu'il faut à leurs lectrices (puisque ce sont des femmes comme elles) et donc, il n'y a pas à réfléchir, mais à faire comme elles te disent ! Et voilà la mécanique infernale est enclenchée...

Donc, la recette est : des belles filles + des produits à acheter + plus l'absence de débat et de prise de recul. A croire que c'est Berlusconi qui a inventé la presse féminine !

Aller, je modère mon propos sur Glamour : dans ce journal, il y a un éditorial de la rédac' chef, ce qui n'est pas le cas par exemple dans Marie-Claire. L'édito se veut sympa et complice : la rédac' chef est ta copine, les journalistes et les chroniqueuses sont tes copines, entre ici Jeanne Moulin, en toute confiance, abandonne-toi à notre bienveillante expérience de femmes branchées. Bien sûr, les lectrices ne lisent jamais l'édito, c'est la seule page où rien n'est à acheter. Et voilà enfin, au terme de ce papier, une touche positive : je sais maintenant pourquoi il faut des hommes comme moi, qui lisent Glamour : pour que l'édito ne soit pas écrit en vain !

Et ben, j'me sens mieux maintenant !

Bonne semaine !

 

PS : la France qui gagne aujourd'hui, ce sont les handballeurs, champions du monde pour la quatrième fois et qui poursuivent leur incroyable domination absolue sur la planète. Bravo les gars ! En passant, j'ai découvert que ce sport offre un chouette spectacle, alors à quand Raoul dans un "Arena" pour voir un bon vieux Montpellier-Kiel en champions league ?

PS2 : J'ai dit beaucoup de mal de la presse féminine. Pourtant, force est de reconnaître que la presse masculine (pour ce que j'en sais) n'est pas plus reluisante et joue sur les plus bas instincts pour atteindre les même objectifs que sa collègue féminine : imposer une pensée unique mercantile, insipide et débilitante. A croire que, à Knysna, FHM était distribué gratuitement...

PS3 : le titre de cet article est une citation de John Keats, le fameux poète anglais du début du XIX° siècle. Pour les gens bilingues Français comme moi, je traduis : "Un objet de beauté est joie pour l'Eternité". C'est tiré d'un recueil intitulé "Endymion".

 

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Dimanche 16 janvier 2011 7 16 /01 /Jan /2011 13:46

C'est Noël après l'heure : deux papiers dans la même journée !!! En effet, tu peux lire en-dessous de ce papier un extrait du bouquin que je te prépare pour bientôt. Ce sera un recueil de quelques histoires contemporaines qui raconte des histoires d'amour, plus ou moins simples (et plutôt moins, sinon pas de quoi en faire un fromage !) 

J'ajoute ces quelques mots pour souligner une petite info, certes moins importante que celles venues de Tunisie ou du Niger, mais quand même. Le pape a signé il y a quelques jours le décrêt de béatification de Jean-Paul II. Bien sûr, ce n'est pas en soi une surprise : on s'y attendait ! Mais quand même, deux choses retiennent mon attention : d'abord, cette annonce me procure un grand plaisir, pour ne pas dire une réelle émotion. Pour plein de raisons, il y a une présence importante de cet homme-là dans mon histoire personnelle. La seconde chose dépasse ma petite personne : le caractère dérogatoire de la procédure (et pourtant on sait à quel point Benito a toujours été un gardien du dogme et des règles !) qui s'est traduit par un calendrier accéléré illustre à lui-seul la dimension exceptionnelle de cet homme. Et, plus que cela, c'est la preuve que, dans l'Eglise, le peuple a son mot à dire. S'il n'y avait pas eu cet amoncellement de gens venus de toute l'Europe dans les jours qui ont suivi la mort de Jean-Paul II, s'il n'y avait pas eu les banderoles "Santo subito !", peut-être l'institution n'aurait-elle pas accéléré le mouvement. Le peuple a obtenu gain de cause sur l'application du droit canon. Après, on a trouvé un miracle, tant mieux, on en trouvera un second pour la canonisation, ces histoires ne sont que le pacotille. Des miracles, JP2 en a réalisé plus d'un, même s'ils ne se manifestent pas par des guérisons inexplicables !

Alors oui, je suis content et, cette année, le 1er mai ne sera pas un jour férié comme les autres... 

Voilà. La vie continue bien sûr. Demain, des gens se retrouveront autour du cercueil d'un être cher. Demain la Tunisie sera toujorus dans le doute et la crainte de lendemains incertains. Demain, des Occidentaux sur toute la planète seront menacés par des fanatiques. Demain, des gens perdront un boulot, auront un accident, apprendront leur maladie, découvriront qu'ils ont été trahis, etc., etc.

Demain, des gens feront leur travail avec mérite, apprendront quelque chose à leur enfant, achèveront un travail difficile et seront fiers...
Demain, ce sera la vie, comme tous les jours.

 

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Dimanche 16 janvier 2011 7 16 /01 /Jan /2011 13:38

     Ce qu’il faut savoir sur Luxia à ce stade tient en peu de choses. Elle est arrivée en France avec ses parents quand elle avait une dizaine d’années. Au début ils ont vécu à Marseille, puis son père est reparti en Italie. Sa mère a rencontré un homme de vingt ans de plus qu’elle, un retraité d’EDF avec qui elle vit toujours. Luxia a grandi à Tende, une toute petite bourgade coincée dans un fond de vallée. Elle a grandi seule, avec sa mère et son beau-père, cet homme âgé qu’elle aime beaucoup et qui a su si bien remplacer son père. Lui, elle ne l’a pas vu plus de trois fois en quinze ans, elle s’en moque bien, c’est devenu un homme triste et amer. Elle a grandi seule, sans beaucoup d’autres adolescents autour d’elle. A peine son bac en poche, elle a quitté Tende pour Paris où elle a intégré la prestigieuse Ecole Nationale des Beaux Arts. Elle a profité des échanges européens pour passer quelques mois à Otrante, à l’Accademia di Belle Arti. Sa mère a bien essayé de l’en dissuader, elle a tenté de la convaincre de choisir plutôt Munich ou Londres. Mais en vain. La jeune fille a voulu aller à Otrante, elle a voulu retourner aux sources de l’histoire familiale, cette histoire qu’elle ne connait pas, cette famille qu’elle ne voit jamais. Elle a passé un an là-bas, seule, un an pendant lequel elle s’est surtout beaucoup ennuyée. Une fois diplômée, elle a emménagé à Nice. Elle a trouvé des petits boulots pour vivre, comme caissière, comme serveuse, comme shampouineuse, puis elle a commencé à gagner un peu d’argent avec ses dessins. Elle a reçu ses premières commandes pour des illustrations, elle a vendu quelques toiles à des touristes. Tout a commencé comme ça. Maintenant, Luxia a vingt-six ans, elle vit à peu près bien de son travail et elle en ressent une immense fierté. Consciente d’être privilégiée, elle sait aussi que tout peut s’arrêter du jour au lendemain : en art plus qu’ailleurs, rien n’est jamais acquis.
     Elle habite un joli trois pièces au dernier étage d’un immeuble un peu vieillot du Vieux Nice. Si la cage d’escalier gagnerait à recevoir un coup de peinture, son appartement est cosy, lumineux, bien agencé. Elle l’a décoré avec les moyens du bord, mais avec goût. Elle a arpenté les brocantes et les vides-greniers, elle a fouillé l’arrière-boutique de pas mal d’antiquaires, elle a "emprunté" de multiples objets dans le barnum qu’a toujours été la maison familiale de Tende. Elle a aménagé la pièce du fond en atelier, c’est là qu’elle travaille, dans un joyeux désordre. Des chevalets, des toiles, des pots de peinture. Des boîtes ouvertes jonchent le sol, emplis de pinceaux, de couleurs, de raclettes, de chiffons, de crayons, de toute une multitude de choses dont Luxia ne sait même plus la présence ! Et puis il y a aussi l’ordinateur, la palette graphique, des imprimantes sophistiquées. Elle s’est lourdement endetté pour acquérir tout ce matériel qui lui permet aussi de travailler avec des magazines reconnus – et rémunérateurs.
     Ce jour-là, après avoir traversé le Cours Saleya, Luxia ne rentre pas tout de suite chez elle. Elle s’arrête à l’épicerie du coin pour prendre quelques provisions. Le commerce a été repris par deux jeunes quelques années plus tôt, deux frères. Le cadet, Matthieu, accueille la jeune fille. Elle lui plaît bien mais il n’a jamais rien osé entreprendre. Son aîné l’en a d’ailleurs dissuadé : ce ne serait pas très professionnel. Il sourit à la jeune femme, l’aide à emballer ses victuailles, ajoute une tomate dans le sachet en papier après l’avoir pesé. Luxia répond aimablement à ses questions, ses commentaires sur le temps, ses travaux du moment. Elle lui a promis un dessin un jour, elle n’a pas oublié, elle promet à nouveau de s’en occuper bientôt. Elle repart avec son sac de courses, en plus de son sac de voyage pendu à son épaule et du carton à dessins. C’est à ce moment précis qu’elle voit l’homme sur le trottoir d’en face, qui la regarde. Il est un peu plus de quatorze heures trente, ce jeudi de mai, quand sa vie prend un tour inattendu : car cet homme traverse la ruelle et se plante devant elle. Il se présente, il s’appelle Miramont et il lui demande depuis quand elle possède son carton à dessins.


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