Lundi 14 janvier 2008
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Un vieux tube sur la radio, je suis John Travolta il y a trente ans, jeune et svelte, roi de la piste, avec un
déhanchement improbable et de la gomina plein les cheveux. Les filles en sont folles. Un vieux tube sur la radio, let's swing.
Suran Sarandon et Geena Davis apprennent la politesse à un routier vulgaire.
Elles foutent le feu à son camion d'essence. Dans vingt minutes, elles se jetteront dans le vide. La vie peut broyer les êtres humains. Elles peut aussi les faire rayonner. Susan et Geena rayonnent, y compris au moment du grand saut. John Travolta rayonne, Olivia
Newton-John ne s'y trompe pas.
A West
Side, Maria et Tony tentent d'inventer un monde différent, un monde dans lequel la Portoricaine et l'Irlandais peuvent s'aimer sans
déclencher la guerre des gangs et étendre deux macchabées sur le bitume.
A West Side, Leonard
Bernstein sort la misère de ses ghettos et lui offre Broadway et l'académie des Oscars.
A Coruscante, Natalie Portman constate la fin des libertés. Il ne lui reste plus qu'à mourir d'aimer
en mettant au monde deux enfants, Luke et Leïa, ceux-là même qui nous sauveront tous plus tard.
Le cinéma parfois nous montre la voie. Des hommes et des femmes y jouent d'autres
hommes et d'autres femmes qui vont plus loin que nous ne pensons pouvoir aller nous-mêmes. Parfois, ça marche, parfois non. Sur la rive du Yan-Tse-Kiang, Steve Mac
Queen est mort. Dans la tour infernale, il sauve des vies. Bruce sauve plein de vies dans plein de films, mais sur un astéroïde pourri, il choisit de perdre la
vie pour sauver le monde et, accessoirement, l'amoureux de sa fille Liv Tyler (une pensée émue pour Billy à cet instant !). A
Clermont-Ferrand, Gérard Depardieu et Cécile de France finissent par s'étreindre dans la nuit, après un long voyage des coeurs et des
âmes. Pourtant, Depardieu est mort pendu pour s'être fait passé pour Martin Guerre (Richard Gere aussi, d'ailleurs, à la mode US).
Le cinéma nous montre des voies, des bonnes et des mauvaises et beaucoup sur lesquelles on ne peut
statuer définitivement. Robin Williams a raison de vouloir éveiller ses lycéens à la beauté de la poésie et non à sa seule lettre. Mais un jeune garçon de dix-sept
ans va aller trop loin, jusqu'à sortir l'arme de poing de son père et s'en tirer une dans la tête. Pourtant, la vérité réside aussi dans la beauté de la poésie ! Plus loin, Robin Williams va défier la hiérarchie d'une armée en guerre pour balancer du rock sur les ondes de la radio militaire et relever à lui seul le moral des troupes. Il a raison.
Mais tout ce que je raconte va bien au-delà du "qui a raison" et "qui a tort" : le cinéma a un pouvoir incroyable : en deux heures, il nous en met plein la vue, plein d'images, plein de
sentiments, plein de questions. Parfois quelques réponses. Les livres aussi font ça, mais on ne lit pas 300 pages de Châteaubriant en deux heures ! On a le temps de
digérer, de mesurer, de cogiter, de sentir, d'expérimenter, d'interroger sa propre conscience et sa propre intelligence. Au cinéma, tu prends, tu encaisses, tu réfléchiras après, sur le pont qui
traverse la Seine entre Beaugrenelle et le quartier de ton enfance, les joues encore marquées des larmes d'émotion que tu as versées à la fin du film...
Je parle, je parle, j'étale ma culture, je ne veux pas dormir. Je ne veux pas penser à demain. Je ne veux pas en
parler. Un petit verre de vodka est posé à côté de moi, de la Zubrawka, la meilleure des meilleures. Du petit Jésus en culotte de velours à la mode polonaise. Jésus, Pologne, je pense
Jean-Paul.
Ce que je vais dire ici est particulièrement crétin : il me manque. Hier, j'ai rangé des papiers, réouvert des boîtes d'archives, j'ai retrouvé et revisité la pochette "JMJ 97". Je craignais que
Claire ne soit présente à chaque page mais non. Elle a sa place dans cette histoire, mais c'est notre petite (et belle, rappelons-le tout de même) histoire à nous. Mes archives parlent de la
grande histoire des JMJ, celle où des jeunes gens acceptent l'inacceptable pour offrir au monde entier le bonheur de la rencontre avec lui, Jean-Paul. Je ne vais pas
y aller par quatre chemins : je l'ai fait pour lui, je ne le ferais pas pour Benito. C'est une histoire d'homme à homme, une histoire qui trouve ses dates clés à Berlin, à Auschwitz, à Red Rocks Park, à Paris, à Rome. A Jérusalem. Où je ne suis jamais allé mais où il m'a emmené avec lui
malgré tout...
Le cinéma ne racontera jamais cela. Moi non plus. Le Père Curé, qui fut mon chef aux JMJ, voulait que j'écrive l'histoire de cette année que nous avions passée ensemble à leur préparation. J'ai
toujours refusé, parce que nous avions trop vu et de trop près le côté obscur des JMJ, les rivalités des hommes, les bassesses, l'ambition démesurée et les luttes de lobbies qui vont jusqu'à
conduire à l'épuisement - plus ? - des jeunes gens de 22, 23, 25 ans. Je ne voulais pas raconter cela mais je ne pouvais pas raconter les JMJ de l'intérieur sans raconter cela. J'ai préféré me
taire. Il me reste une photo, celle où je suis avec le Pape. Et un chiffre, 1 050 000 personnes le dimanche 24 août 1997 sur l'hippodrome de Longchamp. Et plein
d'images de bonheur dans les rues de Paris. ça me suffit comme butin...
Le cinéma ne racontera jamais cela. Le cinéma ne décryptera jamais lui-même le coeur d'un jeune homme de 23 ans. Il verra la rencontre amoureuse, il verra les jeux du
pouvoir, mais il ne verra jamais l'essentiel. Je peux bien te le dire maintenant Père Le Riche, l'essentiel, c'était qu'un vieil homme allait nous indiquer de sa voix
chevrotante les chemins de l'espérance et les voies d'un monde meilleur. En nous menant en Pologne en 1991, il avait ouvert une voie. En
nous réunissant dans l'Amérique opulente en 1993, il nous a interrogés sur ce que nous mettons dans le vocable "abondance" et dans celui de "solidarité". Il m'a conduit à Red Rocks Park et le
Cardinal a fini le boulot. Ensuite le patron est passé et ma vie a changé. ... Ah ! Il faudra bien que j'en parle un jour ! Seuls Claire et toi savez ce qui s'est passé ce jour-là !
En 1995, il est allé à Manille, pour rappeler que le peuple est vaste et que nous ne sommes pas tous blancs et riches ! Il est allé rappeler le sens du mot catholique, qui signifie
"universel".
Enfin il est venu chez nous. Peut-être a-t-il cru que ce serait son dernier pélerinage avec nous les jeunes. Il est venu et il a parachevé son héritage. Il a béatifié Frédéric Ozanam, bonjour le
symbole à l'heure où l'on avait en France tiré un trait sur la fameuse "fracture sociale" ! Il a voulu qu'une grande chaîne de la fraternité encercle tout Paris et on l'a fait. Il a rassemblé des
artistes gigantesques de tous les continents pour louer la grandeur de Dieu et l'espérance que nous avions d'un monde meilleur, délivré de la guerre, de la pauvreté et de la haine. Utopie ?
Non, projet politique, philosophique et interreligieux pour le monde. Parce que le jour le plus important de la vie de Jean-Paul, en
terme d'héritage pour nous, pauvres cons, c'est la prière interconfessionnelle et interreligieuse à Assise. Benito a toujours marqué sa distance avec ce jour-là, je
ne suivrai pas Benito, pas même d'un bout à l'autre de la Place Saint-Pierre. Par contre, s'il veut venir dîner à la maison, je serai heureux. Il a vécu des choses que je ne connais pas, il a
vécu dans l'Allemagne nazi. Il en hérite une vision - je le dis - enthousiaste et novatrice de l'Europe. Alors oui, je le recevrai bien : je lui ferai du magret, je lui sortirai un petit Côtes de
Duras de derrière les fagots et je lui expliquerai c'est qui Jésus pour Monsieur Péquin Lambda, c'est quoi l'espérance pour Monsieur
J'ai-encaissé-mais-je-suis-toujours-là, c'est quoi les Béatitudes pour un gars du XXI° siècle à qui l'on demande tout simplement de régler le problème du
réchauffement climatique, de la pauvreté en Afrique, de la mondialisation, de l'intégrisme religieux et de la prolifération nucléaire et qui dit : "oui, comptez sur moi, je vais le faire parce
que y'a pas le choix et que, si Diane Enchanteresse, elle veut bien fonder une famille avec moi et élever des enfants avec moi et les voir grandir et devenir des
hommes et des femmes avec moi, alors il faut qu'on leur laisse un endroit en l'état pour qu'ils grandissent, s'épanouissent, travaillent, aiment, enfantent, élèvent et passent le flambeau aux
suivants et ainsi de suite et ainsi de suite jusqu'à un temps lointain où plus personne ne saura c'était qui Tonton Raoul, "tu sais un lointain grand-père qui
avait besoin de 4 heures de trajet pour rejoindre la grand-mère qu'habitait jamais qu'à Paris, tu sais, la banlieue d'Agen. - oh le ring' !"
J'écris et je bois et je déblatère et je vous dis une vérité enfouie parce que je ne veux pas penser à demain. En fait, j'ai la trouille, le trouillomètre à zéro, la
belle confiance qui s'effrite. Je suis un vrai p...... d'ado attardé ! Sauf que ce n'est pas vrai. Demain, il fera jour et j'irai parce que je sais que seuls ceux qui vont au bout de leurs idées
sont des grands hommes. Je pense à Jeanne d'Arc. Je pense à François d'Assise. Je pense à Gandhi. Je pense à Luther King. Je pense à Jésus qui relève la femme adultère et cela me rassure.
Raoul 1 - Benito 0.
Je pense plus simplement au bonheur qui m'attend peut-être, mais qui, pas plus que 2 520 euros demandés par un éditeur, ne se trouve sous le sabot d'un cheval.
Demain, j'irai à Vittel et je laisserai les coeurs et les âmes prendre le pouvoir. Ce n'est pas très professionnel mais je m'en fous : on n'a qu'une vie. Je laisserai donc les coeurs et les âmes
prendre le pouvoir. Je n'aurai pas à me forcer : c'est comme ça toujours, depuis toujours et pour toujours que je suis le meilleur. Et le plus heureux...
Paroles d'explorateurs