Dimanche 10 octobre 2010
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L'âge aidant, les gens sont censés devenir sages et vénérables. Et, parce qu'ils sont sages et vénérables, les jeunes leur
accordent un respect et une attention immenses. Ce que je raconte là est vieux comme le monde et constitue un des mécanismes de base de très nombreuses sociétés. Si tu te souviens du film "La
charge héroïque", c'est avec le vieux chef un rien sénilisant mais très vénérable que John Wayne, lui-même interprétant un vieil officier à quelques jours de la retraite et extrêmement respecté
par tous, tente de discuter pour éviter la guerre. Autre exemple : dans la Bible, on nous raconte que c'est à des vieux que Yahvé a confié la conduite du peuple pour réaliser son grand dessein.
Ainsi, Abraham, Isaac et leurs successeurs ont tous cent ans et plus à l'époque de leurs exploits ! Pourquoi une telle fadaise dans le récit, sinon pourt accroître le prestige de ces hommes
auprès des croyants qui, des siècles et des siècles plus tard, lisent ces récits ? Et dans la guerre de Troie, le "vieux" Priam est respecté par tous et c'est au titre de ce prestige d'ancêtre
vénérable qu'il obtient qu'Achille restitue la dépouille d'Hector, afin que celui-ci reçoive les rites funéraires et que son âme ne soit pas condamnée à errer sans fin. Je pourrai t'en citer des
tonnes d'exemples de ce type (y'a le Père Fouras aussi...), mais là n'est pas mon propos.
Non, mon papier porte sur ce respect dû aux séniors qui, a priori le méritent largement, dans notre société, eux qui ont bossé
pour mériter leur retraite voire, pour les plus anciens, ont connu les souffrances de la guerre et de l'occupation. Et, sans être un rebelle invétéré, je peux relever dans le discours public
ambiant à destination des séniors (base électoral de la droite française, ne l'oublions pas) tout un tas de mentions sur le thème "ces jeunes, ils ne sont plus éduqués", "de notre temps, on
savait se tenir", etc. quand ce n'est pas le président lui-même qui emploie le terme "racaille" pour complaire à la petite dame de la cité d'Argenteuil...
Et donc, pétri de ma bonne éducation et du sens du respect que l'on doit à nos aînés, voilà que j'ai l'habitude, dans la rue, le métro ou ailleurs, de me pousser quand c'est nécessaire, pour laisser passer les personnes
vénérables. note que je le fais aussi pour les mères de famille, les femmes enceintes, les femmes pas enceintes aussi, et les jolies filles naturellement, recevoir leur sourire en
remerciement est tellement plaisant ! Et c'est ainsi qu'hier, rue du Bac, dans le VII° arrondissement de Paris, à la hauteur d'un échafaudage, je m'écarte pour laisser passer un couple de
vénérables séniors. La dame, très bien sur elle tu l'imagines (on n'est pas à Ploucland là !), passe, sans un regard, ni un mot, ni un sourire. Puis l'homme passe, sans un regard, ni un mot, ni
un sourire. Et je me demande qui, du sénior ou du jeune, est le plus mal élevé dans cette société ! Je n'ai pas pu m'empêcher de lancer bien haut un "mais je vous en prie, c'est un plaisir !",
parce que, moi Raoul le-bon-fils-de-bonne-famille, je suis pas un goujat !
Cet exemple n'est hélas pas isolé. Des scènes comme ça, j'en voie mille par mois. Dans le TGV, qui gueule dans son portable
sans bouger son cul de son fauteuil pour aller téléphoner sur la plateforme ? Pas des jeunes le plus souvent ! Dans le métro, qui monte en jouant des coudes pour choper une place sans même
laisser descendre ? Pas toujours des jeunes, loin de là ! Dans les restaurants, qui se montre le plus désagréable et suffisant avec le personnel ? Les jeunes ? Mon c.. oui ! Les vieux, qui
râlent, grinchent, pestent, et gueulent à qui se trouve là par hasard que "ça devient vraiment un pays sous-développé la France" ! pas tous les vieux non. Il y a toujours plein de papis et de
mamies adorables, souriants, aimables, reconnaissants d'un rien, ils sont même l'immense majorité. Et c'est pour ça que je continue à tenir les portes et à m'écarter pour céder le passage. Mais,
avant de lancer des anathèmes sur les jeunes - et en particulier sur ceux à qui la vie a le moins donné au départ (tu sais, ces "racailles" par exemple ?) - on devrait peut-être rappeler aux
séniors suffisants et imbus de leur statut, qu'être respecté, voire vénérés, n'est pas un dû ! Pas plus pour eux que pour quiconque. Et que murmurer un "merci" au jeune homme qui t'a cédé le
passage, çe ne mange pas de pain, ça fait plaisir et, oui aussi et surtout : ça donne le bon exemple !
Non mais sans blague !
Paroles d'explorateurs