Samedi 1 septembre 2007
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Le sport nous donne des leçons pour la vie. En ce moment sur Europe 1, chaque matin, un homme (ou une femme) politique nous explique sa relation au
rugby (coupe du monde oblige). J'ai entendu Michèle Alliot-Marie ou Jean Glavany comme ça. Tous voient des enseignements dans la "culture" rugby qui pourraient améliorer la vraie vie : le
respect, l'équipe, la troisième mi-temps (façon de dire qu'on peut se mettre sur la gueule dans le cadre de ses fonctions et, juste après deviser de façon sympathique en privé.
Jean Glavany raconte cet exemple. Ils était conseiller général des Hautes-Pyrénées, tout comme Philippe Douste-Blazy. Il se souvient d'une séance au Conseil où ils s'étaient
balancé lourdement des amabilités à la tête. Puis, le lendemain (ou quelques jours après), ils se retrouvent dans le même avion pour Paris. Et là, Glavany entame la causette, sympa et les deux
hommes devisent, comme deux personnes qui se respectent et même (peut-être) s'apprécient. Au bout d'un moment, Douste, qui ne sait pas qu'on peut faire la part des choses entre la vie et la
politique, s'étonne de cette amabilité, après les mots durs échangés en séance. Et Glavany de lui dire : "la vie politique, ce n'est pas toute la vie". Analogie avec la troisième mi-temps des
rugbymen.
Perso, au rugby, je joue jamais que la troisième mi-temps. Les deux premières, je les mate à la télé... (voilà, ça c'est fait).
Mais il n'y a pas que le rugby qui nous enseigne ces jours-ci... L'athlé aussi. Certains voudraient nous faire croire que c'est la faute à pas de chance. J'évoque
naturellement les résultats super décevants de l'équipe de France aux mondiaux d'Osaka... Je suis triste pour eux, parce que je sais (je ne suis pas le seul) que cette équipe vaut foncièrement au
bas mot 5 médailles, sans doute plus. Mais ce ne peut être que de la malchance. Dire cela, c'est se préparer des désarrois encore plus grand à Pékin l'année prochaine... Mais ce que nous enseigne
l'athlé, c'est autre chose. Primo : la difficulté à déplacer des montagnes : ce sont les Américains qui gagnent au sprint et les éthiopiens au fond. Mais, dans le même temps, des super stars déjà
couverts de gloire et habitués aux honneurs et aux projecteurs démontrent une capacité intacte à s'émerveiller comme des enfants. Je pense à Nathan Deakes, l'australien recordman du monde qui a
remporté le 50 km marche, la pire torture légale de la planète. Dans la dernière ligne droite, assuré de gagner, il pleurait comme un môme tellement il était heureux. Je pense à l'Allemande déjà
plusieurs fois titrée au lancer du disque et qui danse comme une fillette quand elle comprend qu'elle a gagné. Je pense à la perchiste russe, Yelena Isinbaeva, dite la "tsarine" tellement plus personne ne l'a battue depuis longtemps et qui sourit de bonheur comme une débutante au moment où retentit
l'hymne russe à l'issue du podium qui la consacre une fois de plus. Je pense à tant d'autres que j'ai vus cette semaine...
L'athlé apprend la valeur de l'effort, le respect de
l'adversaire, le dépassement de soi et la saveur de l'exploit. il consacre des héros comme les Grecs jadis à Olympie. Notre monde manque de vrais héros...
Le tennis n'est pas inintéressant non plus. c'est l'US Open et des gamines de 16 ans, 17 ans, 18 ans bousculent les plus grosses stars du circuit, parfois même les battent
(je pense à la défaite ce soir de Maria Sharapova face à une toute jeune polonaise au nom inorthographiable). L'audace devient une valeur positive et triomphatrice, cette même audace que Danton a
appelé jadis, quand les empires européens s'apprêtaient à détruire la toute jeune révolution, celle-là même qui fit triompher des va-nus-pieds à Valmy, franchir le pont d'Arcole à Bonaparte,
lancer son appel au Général de Gaulle, celle-là même qui a tant disparu dans notre pays et qui nous fait si cruellement défaut. La seule audace qui soit récompensée de nos jours, c'est celle qui
demande le statu-quo, qui défend l'immobilisme.
Ces jeunes filles qui sortent les têtes de série les respectent : elles les ont regardé jouer à la télé depuis leur centre d'entraînement
où elles triment comme des forcenées, avec l'espoir vain, un jour, rien qu'un jour, de leur resembler ne serait-ce que de loin... Et là, elles les défient et elles les battent. On peut bousculer
tout en respectant. On peut dire : "les choses établies ne le sont plus pour longtemps" sans condamner aux gémonies les personnes qui en sont les piliers. Quand Radwanska élimine Sharapova, elle
sait qu'elle bat la deuxième meilleure joueuse du monde, une fille qui compte déjà deux titres du Grand Chelem et qui fait déjà partie de l'histoire de ce sport. Elle ne pense pas : "casse-toi
grognasse". Elle pense : "je l'ai fait, je n'en reviens pas, j'ai battu la grande Maria Sharapova ! Je suis si heureuse !" Et, en lui serrant la main, elle s'excuse presque de l'avoir
emporté...
Je crois que Luther, en proposant de réformer l'Eglise, cherche plus à la rendre meilleure et plus fidèle à sa vocation qu'à la diviser ou, plus encore, à l'abattre. Son
échec, c'est qu'il la divise et durablement. Sa réussite, c'est qu'il l'oblige à se remettre en question.
Je crois que Bonaparte, en prenant le pouvoir et en
proclamant la fin de la Révolution ne cherche pas à la réduire à néant, mais au contraire à lui donner son sens, c'est-à-dire à transformer ses acquis en la norme du devenir des peuples. Après,
ça lui monte au melon, il devient Napo et engage la première guerre mondiale de l'histoire européenne...
Voyez, je parlais sport, je parlais de jeunes gens et de jeunes filles et j'en arrive à parler de religion et d'histoire de l'Europe ! Le sport nous propose des valeurs,
mais il ne nous donne pas forcément les recettes pour les appliquer. L'esprit d'équipe par exemple. Comment dans une entreprise faire passer une somme de talents à une équipe performante,
épanouie et profitable ? Le problème est que la différence est notable : en sport, ce sont les joueurs qui soulèvent la coupe, pas l'entraîneur. En économie, ce sont les actionnaires et les
patrons qui touchent les dividendes, pas les salariés - ou alors si rarement ! Je ne suis pas gauchiste en disant cela, mais je montre seulement que le sport donne des bons exemples pour la vie
humaine et la vie en société particulièrement, mais qu'il ne transmet pas le mode d'emploi qui irait avec.
C'est là que nous les citoyens avons notre mot à dire. Notre responsabilité à exercer, notre pouvoir à faire entendre. Et ça, ça se passe dans les urnes, dans les débats
publics, tout comme ça se passe dans les engagements que nous prenons et même les petits gestes de chaque jour.
Nous sommes comme les sportifs : un garçon comme
Andy Roddick doit passer une à deux heures par jour rien qu'à travailler son service, le même gestes indéfiniment répété. Michalak s'entraînant à passer des pénalités, c'est la même chose. Des
gestes, presque mécaniques, qui peuvent faire toute la différence. Peut-être même qu'un jour Roddick battra Federer en finale de Wimbledon.
Peut-être même qu'un jour, je rendrai ce monde meilleur.
Paroles d'explorateurs