Partager l'article ! Courrier recommandé avec AR: "Monsieur le propriétaire du monde, Voilà bientôt 34 ans maintenant que j'occupe mon petit lopin d ...
(Le monde de Tonton Raoul)
"Monsieur le propriétaire du monde,
Voilà bientôt 34 ans maintenant que j'occupe mon petit lopin de votre domaine et je ne crois pas que vous ayez eu beaucoup à vous plaindre de moi : bon garçon, bon fils, bon élève, bon
consultant... J'ai néanmoins le regret de vous signaler quelques dysfonctionnements dans votre planète, dysfonctionnements que je trouve anormaux au regard du standing auquel vous prétendez.
Je m'explique, Monsieur le propriétaire de la terre.
D'abord, nous manquons cruellement de place. Tant qu'on était un ou deux milliards, ça allait. Mais comment fera-t-on quand on sera neuf milliards ? Vous auriez pu prévoir d'autres continents ou
alors moins d'espaces hostiles comme les déserts ou les terres gelées.
Ensuite, la ventilation fout l'camp, Monsieur ! Tout le système d'aération est à revoir ! Tant qu'on bricolait dans des cabannes, ça allait. Mais maintenant qu'on voyage, qu'on a développé des
industries pour fabriquer tout ce dont on a besoin (des visons, des 4X4, des armes, des anti-dépresseurs, etc.), on ne respire plus ! Des gens, surtout des vieux et des enfants, tombent malades
et on chope des rhinites dès qu'on habite en ville ! Et voilà que vous nous expliquez que c'est not' faute, qu'on a qu'à moins rejeter de carbone ! Vous vous moquez ? Revoyez la ventilation et
chassez nous tous ces gaz, nom d'une pipe !
Monsieur, la répartition des gardes-manger également, c'est du grand n'importe quoi ! Au Nord, on en a tant et plus, tandis qu'au Sud, ils manquent de tout ! Vous ne pouviez pas faire poussez du
blé aussi en Afrique ? Non, fallait que MÔssieur fasse son intéressant et oblige les pauvres gens à quémander et à s'endetter pour manger ! Bravo
! Et en plus, vous avez le toupet d'affirmer que ce sont les locataires du haut qui profitent de la misère de ceux des étages inférieurs ! Vraiment, si vous étiez devant moi, je retiendrais bien
difficilement un bourre-pif.
Mon problème, monsieur le chef de la planète, c'est que tous les autres immeubles du quartier sont insalubres (pour ce qu'on en connaît). Il paraît que celui du coin de la rue (la façade
rouge, vous voyez de quoi je parle ?) a pu être habitable, mais il ne l'est plus et nous n'avons pas encore les moyens de déménager plus loin... Alors, il faut vraiment que vous fassiez quelque
chose pour réparer tous ces désagréments et nous permettre de continuer à nous la couler douce sans avoir à nous soucier du lendemain.
Veuillez agréer, Monsieur le Maître du monde, etc. etc."
- Chérie, au fait, c'est qui le proprio ?
- Mais enfin, Raoul, tu sais bien : c'est nous ! Nous sommes en co-propriété avec les voisins... Et même avec les futurs locataires ! Pourquoi ?
(soupir de désarroi)
- Non... Rien... Tant pis...
(Il déchire la lettre dont l'encre n'est pas encore tout à fait sèche)
Paroles d'explorateurs