Lundi 29 septembre 2008 1 29 /09 /Sep /2008 14:20
Ce matin, quand le réveil a sonné, j'ai d'abord eu une pensée pour une personne qui commence aujourd'hui même un nouveau boulot.

Puis je me suis retourné sous la couette. Je n'aurais pas dû... Parce que de drôles de pensées m'ont alors sauté à la gueule. Enfin, quand je dis drôles... Etranges, troublantes, pour être franc, plutôt tristes et graves.
Il y a eu un sentiment de gâchis, de manque, de manque des gens que j'ai laissés là-haut et ailleurs. Il y a cette impression que ma petite ville est loin de tout, loin de tous, loin de vous. Le sentiment que je ne sers à rien ici. Que ma venue ici m'a coupé de ce qui fait ma vie, de ceux qui font ma vie plutôt. Je me suis levé avec cette impression pesante que ma venue dans le Sud-ouest a été une sorte de démarche égoïste - et peut-être même un rien suicidaire. Je sais - ma tête sait - que tout cela est faux, mais c'est ce que j'ai ressenti, c'est ce que mon corps m'a dit et répété toute la matinée. Et c'est pour ça que je suis d'une humeur exécrable - sans raison. Parce que je me suis levé avec la conviction qu'il fallait que je rentre, que je remonte à Paname. Le pire de tout, c'est que ce n'était même pas pour la seule bonne raison qui pourrait me faire y retourner ! Non, que des mauvaises raisons : essayer de vivre la vie des gens à leur place. Ce matin, j'ai perdu de vue complètement mon propre rêve, mon propre projet. Pour de mauvaises raisons, j'avais envie de renoncer à ce projet professionnel qui fait ma fierté. Pour de mauvaises raisons, j'étais prêt à retourner vivre cette vie dont je n'ai plus voulu il y a trois ans, renoncer à tout ce que j'ai construit de bien depuis toutes ces années. Et pourquoi ? Parce que la vie n'est pas un conte de fée ?

Je sais que rien de tout cela n'est cohérent ni ne tient la route. Je sais qu'on ne part pas sur un coup de tête, que je n'ai aucun projet professionnel à Paris, aucune perspective, pas un kopek d'avance pour voir venir. Je sais que je ne peux, ni ne veux, laisser ici ma petite entreprise et mes collègues. Je sais qu'on ne peut pas casser tous ses jouets sans en payer cash le prix. Je sais que je ne suis pas assez fou pour prendre de tels risques. Je sais aussi que je ne veux pas revivre en région parisienne, je sais aussi que je n'en ai pas les moyens, même avec mon métier actuel, sauf à vivre en huitième périphérie et à être usé par des heures et des heures de transport - précisément ce que j'ai fui !
Je sais en revanche que rien de personnel ne me lie à ma petite ville. J'y vis bien, j'aime mon appart', surtout ce que j'en ai fait récemment ! Mais j'y vis seul. Je suis loin de la mer et je suis loin des gens. Cette ville m'ennuie, elle m'apparaît chaque jour un peu plus petite que la veille et ça commence à me faire peur.

Partir, rester, rentrer, bouger ailleurs encore. Tous ces mots incompatibles s'entrechoquent et se disputent la première place comme des chiffoniers. Les pauvres ! S'ils savaient que ça ne changera rien. Que rien ne changera. Que je resterai là encore un peu. Encore un peu. Encore un peu. Ou encore longtemps. Ou pas. Ou plus. Que je ne peux pas vivre la vie des gens à leur place. Que ceux qui me reprochent de ne pas assez monter sont aussi ceux qui n'ont jamais pris le train pour descendre.
Partir, rester, rentrer, ces mots s'entrechoquent alors qu'ils n'ont aucun sens. Ce soir il fera nuit et demain il fera jour. Je partirai sans entrain et sans enthousiasme pour de nouvelles réunions insipides, avec toujours les mêmes qui disent toujours les mêmes choses et qui trouvent normal que tu te lèves à 5 heures du mat' et que tu te tapes 3 heures de route dans chaque sens pour venir passer 2 heures à les entendre pérorer. Et toi tu souris et tu esssaies de leur apporter quelque chose. Et toi, certains jours, tu arrives à te convaincre que tu sers à quelque chose, que tout ce cirque a un sens. D'habitude j'y arrive plutôt bien, aujourd'hui j'ai du mal.

Tout ça parce que je me suis réveillé avec cette drôle d'idée...


EDIT 19h38 : ce soir, ça va beaucoup mieux. J'ai travaillé à la maison cet après-midi et c'était très bien. A bientôt les p'tits clous !
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