Jeudi 25 juin 2009
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16:08
Puisque j'ai choisi de rester coi sur ma chérie, aujourd'hui je te parle de ma
concierge.
Madame Lisette Miche (ça ne s'invente pas !) doit approcher des 120 ans, bien qu'elle n'en paraisse que 50. En effet, à l'entendre, elle a connu les débuts télévisés de Michel Drucker (j'ignorais
même qu'il y ait eu une époque où Michel Drucker ne faisait pas encore de la télé...) et se souvient très bien des années folles. Elle se targue
même d'avoir une relation cachée avec Toulouse-Lautrec mais là, quand même, je crois qu'elle exagère...
En tout cas, hier, j'ai eu droit à trois quart d'heure d'un monologue enflammé sur Frédéric Mitterrand, cet homme si bien si formidable "qui sera tellement mieux que Madame Hadopi" (sic !). Et
oui, elle est comme ça, Madame Miche, elle comprend pas tout à tout mais elle en parle quand même ! C'est une piplette à tel point que son mari, peintre en bâtiment, s'est mutilé les tympans pour
avoir un peu la paix. Elle déblatère donc pour ses chats et son moineau, qu'elle a appelé Carlita, ça non plus, ça ne s'invente pas. (Le précédent oiseau qu'elle avait, m'a-t-elle dit, s'appelait
Bernadette, je me demande où elle va chercher ça...)
Madame Miche sait tout sur ce qui se passe en ville. Elle sait tou sur tout le monde et le raconte bien volontiers dans la cage d'escalier. La fille de la boulangère serait avec le coiffeur du
boulevard, la nièce du pharmacien flirterait en cachette avec le gendre de l'adjoint au maire, etc., etc. Pas que du très joli, d'aillleurs !
La jeune femme de l'agence fait visiter mon appart'. Madame Miche la voit donc presque tous les jours en ce moment. Et elle me raconte ! La fille, elle est fringuée pour l'hiver, pas besoin de
courir les soldes ! Parce qu'elle a la dent dure avec les autres femmes, Madame Miche, surtout celles qui sont plus jeunes, plus maigres et plus jolies qu'elle, soit presque tout le monde. Par
contre, avec moi, elle est adorable, je suis tout si bien élevé, si gentil, si serviable et je n'ai jamais lancé de caillou sur "Lauréal", son clébar qui, pourtant, le vaudrait bien. Paré de
toutes les vertus, je peux faire ce que je veux, me tromper de bac quand je descends la poubelle ou encore ne pas empêcher la porte de l'immeuble de claquer sans recevoir la moindre réflexion !
C'est pas la bimbo du Quatrième qui peut en dire autant ! Elle, m'étonnerait pas qu'elle finisse un jour en pâté dans la gamelle de Lauréal ou en boulettes vitaminées dans la cage de Carlita !
Elle la déteste la bimbo, Madame Miche ! Elle trouve qu'elle n'a pas de culture, qu'elle est vulgaire et "qu'elle a le QI d'une clé USB" (sic toujours... et oui !), c'est dire ! La bimbo, moi je
l'aime bien. Parce qu'elle est gentille en fait, elle veut faire les choses bien et c'est mignon. Ainsi, quand son copain vient chez elle, elle frappe chez moi le lendemain (je suis juste
en-dessous) pour s'assurer qu'ils n'avaient pas fait trop de bruit. J'ai mis du temps à comprendre qu'elle ne parlait pas de la musique ! Alors évidemment, ça, pour Lisette Miche, c'est trop,
c'est intenable. Je pense même que c'est elle qui a rayé en douce la carrosserie de la Polo kitée du mec de la Bimbo. Elle est marrante, Madame Miche, elle n'hésite pas à mettre ses actes en
conformité avec ses convictions !
Monsieur Miche, le peintre, aimerait bien prendre sa retraite et que Lisette aussi, elle raccroche. Il rêve de pouvoir se retirer à Biscarosse, dans leur petite maison au milieu des pins. Mais
Madame Miche, elle en veut pas de ça ! Oh non, Et sur qui elle potinerait, là-bas ? Y'a pas trois péquins là-bas, comme elle dit. En fait, je crois que son rêve serait de mourir "sur scène", dans
l'escalier, la cireuse à la main. Elle devient touchante quand elle parle de ça. Grotesque mais touchante, oui, c'est possible de combiner les deux : Lisette Miche y parvient tous les jours.
J'ignore si elle connaîtra cette fin glorieuse à laquelle elle aspire (en plus de la poussière) ou si le syndic de l'immeuble finira par la condamner à l'exil biscarossien. Je sais seulement que
je ne serai pas là pour le voir .
Et que, si Madame Miche existait, je crois qu'elle me manquerait un peu, quand même, quand je serai parti...
Paroles d'explorateurs