Jeudi 7 janvier 2010 4 07 /01 /Jan /2010 19:34

Tout en finesse et élégance, ainsi qu’à son habitude, Tonton Raoul revient sur sa semaine de rentrée. Et là, nécessairement, tu te dis : "oh, chouette !" et tu coupes ton téléphone portable pour être sûr de ne pas être dérangé pendant ta lecture.

D’abord, note que le gars (ou la garce, je l’ignore) qui a gagné 10 millions au loto mercredi soir, ce n’est pas moi. Si ça avait été le cas, je ne me trouverais pas à l’heure où j’écris ces lignes dans le train entre Poitiers et Paris, mais dans un avion en route pour Akaroa ! Note également que, dans un tel scénario, ce blog serait incrusté de diamants et de pierres précieuses. Bref, un autre m’ayant soufflé mon jackpot sous le nez, je reste aussi pauvre qu’avant, c’est-à-dire pas si pauvre que ça. Devant une telle injustice, j’ai consulté sur le site de la Française des Jeux l’historique de ma combinaison. Et donc, j’ai appris qu’elle n’était jamais sorti depuis le début du nouveau loto il y a quelques années, et même qu’elle n’avait jamais dépassé les 3 bons numéros. Ce qui veut dire, note-le bien, que le meilleur de cette combinaison est à venir et, qui sait, peut-être serai-je encore vivant lorsque ça adviendra (encore que, statistiquement, rien n’est moins sûr)… Je te laisse imaginer rêveusement ce que toi, tu ferais si tu avais 10 millions d’euros, moi perso, je le sais depuis longtemps.

Ensuite, en parlant de semaine de rentrée, c’était aussi celle de Justine Hénin, la tenniswoman belge qui, il y a deux ans, nous a annoncé sa retraite et assuré, oui oui c’était ferme et définitif, que c’était une décision ferme et définitive. Donc, elle a repris la compétition cette semaine, à Brisbane, en Australie, là où mes voyageurs ont fait étape, si tu t’en souviens bien. Pour ta gouvernante, tu noteras par ailleurs que Federer et Nadal ont fait leur rentrée à Doha, et moi à Pessac, dans la banlieue de Bordeaux. Et encore, j’ai échappé à Villefranche-de-Rouergue, à chacun ses destinations de rêve ! Je semble promis à un début 2010 très nomade, pimenté par des chutes de neige qui bloquent les trains, des épandages de produits toxiques sur les voies qui bloquent les trains et des clients qui, eux, croient encore que j’habite à Agen et donc ne comprennent pas pourquoi j’ai toujours deux heures de retard partout où je vais !

Et l’amour dans tout ça ? Et la tendresse, bordel ? Mais oui, en voilà une bonne question ! Pour y répondre sans y répondre, note que si j’avais gagné les 10 millions, j’ignore si ma côte d’amour aurait bougé en quelque sens que ce soit (je ne le crois pas d’ailleurs), par contre mon nombre d’amis oui ! Encore que, qui sait si, sur l’avenue, peut-être des nuées de filles surexcitées, attributs gonflés à bloc, ne se jetteraient-elles sur moi en me suppliant de les épouser ?!!! (je t’avais prévenu sur l’élégance et la finesse de ce papier) (si je t’avais prévenu !). Les pauvrettes ! Elles repartiraient la queue basse (enfin, façon de parler métaphorisant des chiens – des chiennes en l’occurrence – toutes défaites d’avoir été abandonnées par leur maître, un soir d’hiver à Gruissan-Plage, dans la banlieue (lointaine) de Valparaiso. [Ce dernier point est incompréhensible pour quelqu’un n’ayant jamais été à Gruissan-Plage hors saison et n’ayant pas la même représentation imaginaire de Valparaiso que moi.] [Autant dire, personne ne peut me comprendre, mais moi si et, comme je suis ici chez moi, je me comprends.] Bref, "l’amour grandit, tel ce cruel marmot que l’on prît pour Barcelonnette", enfin quelque chose comme ça, pour le texte exact, référez-vous à la scène du balcon dans Cyrano et Juliette de Bergerac.

Pour m’occuper dans le train, quand je ne t’écris pas, j’ai lu entre hier et aujourd’hui mon premier numéro reçu de Newsweek, une sorte de Nouvel Obs américain, écrit tout en étranger. Je suis assez content : j’ai plutôt bien tout compris et lu assez rapidement des articles, même les chiants. Ainsi, j’ai appris que la pratique du homechurch se répandait aux Etats-Unis et touchaient déjà environ 7% des Américains ! Il s’agit – il faut tout t’expliquer : toi tu lis que le Nouvel Obs, pas Newsweek – il s’agit, donc disais-je avant de m’interrompre, il s’agit de gens qui pratiquent leur culte religieux non plus à l’église / au temple mais dans leur salon, avec leurs amis. Des paroisses à domicile, autogérées où l’on célèbre la messe à sa sauce ! Et voici donc que l’Amérique découvre ébahie la notion de désinstitutionalisation de la foi ! Plus sérieux, je me rends compte que les journalistes US prennent nettement moins de pincettes que les nôtres pour parler de l’Islam, des Musulmans, des terroristes et des islamistes, ce qui me conduit à penser qu’on ne doit pas trop en vouloir au Kansasien lambda de faire des amalgames qu’aucun Français ne pourrait se permettre sans s’attirer les foudres de l’intelligentsia ! Je ne blâme pas l’intelligentsia : les amalgames sont la porte ouverte à toutes les fenêtres et ne conduisent jamais à rien de bon. Je note que le Yémen préoccupe le chroniqueur new-yorkais, surtout depuis la tentative d’attentat dans le vol Amsterdam-Detroit, la veille de Noël. Le pire, explique mon journal outratlantique, c’est que le jeune qui a fait le coup était fiché par le Contreterrorisme américain depuis des mois ! Son père en personne (un riche banquier nigérian) était venu à l’ambassade US à Abuja (la capitale du Nigeria, révise un peu ta géo, non d’une pipe !) signaler que son fiston s’était barré au Yémen et y côtoyait la mouvance islamiste ! Mais voilà, la CIA a pas donné l’info au FBI, les gars de l’Agence anti-terroriste n’ont pas placé le gars sur la liste du demi-million de gars qu’il ne faut pas laisser monter dans un avion à destination des Etats-Unis sans certaines précautions ! Bref, comme l’a dit le beau Barack : il y a eu "une faille dans le système" (a systemic failure) ! Arf, moi, si je devais aller aux States, je choisirais plutôt une compagnie tahitienne ou népalaise ! M’enfin, suis pas trop concerné, Villefranche-de-Rouergue c’est dans l’Aveyron, pas en Californie… Enfin voilà, tu le constates, maintenant que je lis de l’English, je suis totally open on the world (totalement ouvert sur le monde) (je traduis pour les Jumelles qui n’ont que 6 mois et dont l’Anglais est encore approximatif…) (ainsi que pour les bimbos microcéphales qui m’assailliront sur l’avenue quand je serai millionnaire, avant que ma toute belle ne leur inocule le virus de la grippe A avec tout un lot d’adjuvants létaux).
- A l’assaut les gars ! Sus à la bimbo !
- Oui mon adjuvant, à vos ordres mon adjuvant !

Je regarde par la fenêtre et la plaine est blanche. C’est la Beauce, couverte de neige… Une pauvre voiture avance péniblement sur une départementale que l’on devine à défaut de la voir. Tout est immobile… (c’est la minute poésie) On dirait le temps suspendu et la nature comme morte… Les dieux nous ont-ils abandonné ? Heureusement, le TGV apparaît et brise le silence. Il injecte le temps d’un éclair et du bruit et du mouvement dans ce paysage endormi… C’est beau, c’est puissant, c’est vivant… (fin de la minute poésie).

Dans mon wagon, il y a deux vieilles qui jacassent comme des ados débiles et, comme elles sont un peu vieilles, elles sont un peu sourdes et donc elles parlent FORT. Et c’est chiant pour nous, les gens normaux, qui voyageons tranquillement sans embêter personne ! J’ai bien envie d’en prendre une pour taper sur l’autre mais, comme j’ai écrit sur ce même blog que la courtoisie était ma contribution à l’identité nationale, je vais m’abstenir… Prendre sur moi… Attendre que la Beauce laisse la place au Hurepoix, puis le Hurepoix à la banlieue et la banlieue, enfin, à Paris.

Et toi aussi, tu dois souhaiter que la Beauce laisse la place au Hurepoix et tout ça, pour que ce papier s’arrête ! Oui mais non : tu boiras le calice jusqu’à la coupe ! Ahahah !

Ma toute belle a une copine qu’elle me cache. Oui, c’est vrai : elle fait rien qu’à la voir quand je suis pas là ! Et si je sais à quoi elle ressemble, c’est uniquement à travers sa photo de profil sur Facebook ! Je vais finir par m’interroger de questions, moi ! En plus, comme elle n’a l’air ni bimbo ni microcéphale, il y a peu de chance qu’elle se jette un jour sur moi sauvagement et dépoitraillée sur l’avenue ! Il va falloir que je fasse du chantage, je vois plus que ça comme solution… Tiens ! Je vais la priver de foot à la télé tant qu’elle m’aura pas présenté sa copine ! (ah ben non, c’est moi que ça punit !) non, pire : je me lave plus les dents tant qu’elle m’aura pas présenté sa copine ! Ahah, ça c’est du lourd, hein ?
- Chéri…
- Oui ? [18 mouches
meurent dans l’instant]
- Je rentre chez ma mère !

Bon OK, c’est pas une bonne idée… Tant pis, elle me la présentera quand elle voudra ! Une autre fois ! Ah les femmes, j’te jure ! 

 Voilà, le train approche du Hurepoix, à 300 à l’heure, sans neige sur la voie, sans groupuscule corrézien pour couper les fils, sans produits toxiques tombés d’un train de marchandise, ça va tout de suite plus vite… Le (passionnant) récit de ma semaine de rentrée s’achève donc sur cette décision – ferme et définitive bien entendu, comme Justine : j’arrête de bloguer… jusqu’à la prochaine fois.

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