Vendredi 18 décembre 2009
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Tiens, il neige ! Incroyable non : il neige en décembre !
Tous les ans, les JT se font le miroir de découvertes impensables, de trucs tellement étonnants qu’ils passent avant l’actualité internationale ou politique et sociale. En septembre,
figurez-vous, des millions d’enfants et d’adolescents font leur rentrée scolaire, dingo, non ? Début juillet, c’était l’inimaginable départ de millions de Français en vacances, tous le même
jour et donc – personne ne s’y attendait ! – avec plein de bouchons ! Et, encore plus fort, si c’était du cinéma, personne n’y croirait, en juin, y’a le Bac, avec la philo, les
révisions, l’angoisse des résultats, etc. Ah, quel choc de voir ces reportages inédits ! Et je te passe la sempiternelle redécouverte des marchés de Noël, du service courrier du Père Noël
(gros con !) à Libourne, de la Saint-Valentin le 14 février, autant d’infos cruciales qui changent ma vie et la tienne !
En fait, ça me fait rire. La une du 20h sur les départs en vacances ou la rentrée scolaire, comme si c’était un scoop à chaque fois ! En fait, ça pose la question de la nature même d’un
journal télévisé de trente minutes diffusé à heure de très grande écoute : est-ce vraiment un lieu d’info ou, plutôt, le renvoi en miroir vers l’opinion de ce qu’elle vit et
ressent ?
En fait, prétendre produire en une demi-heure de l’info détaillée, compréhensible, analysée et intéressante est un leurre : comment éclairer en vérité le jugement des citoyens avec des
reportages de moins de 2 minutes et des interviews éclair centrées sur les sujets polémiques et non le fond des politiques ou des phénomènes économiques et sociaux en débat ? Alors oui, la
télé nous renvoie notre image, elle nous parle de notre vie, elle nous montre la vie de nos concitoyens et contribue, comme cela, certes à répandre des opinions parfois fausses ou caricaturales
("il y a la queue dans les centres de vaccination" ou "tous les patrons sont des salauds qui pompent le fric sur le dos des travailleurs"), mais surtout à nous montrer la vie les uns des
autres : chacun vit sa vie, dans son territoire, avec son métier, ses goûts, ses loisirs, sa culture, etc. Grâce au JT, on voit ce que vivent les autres, tu sais, ces gens qui partagent
notre destinée et, même pour la plupart, notre identité nationale ? Finalement, en voyant ce que vivent les autres, on peut mettre sa propre existence en perspective et, plus important
encore, peut-être se sentir un peu plus solidaires. Finalement, cet effet miroir du JT joue un rôle important : il contribue, à sa façon, à la cohésion nationale. Et ce même s’il
véhicule aussi beaucoup de conneries !
Alors non, il ne faut pas brûler les marronniers. A l’heure des enjeux globaux (cf. Copenhague), il ne faut surtout pas brûler les marronniers, ni ceux en bois des forêts et des bords de
départementales, ni même ceux en images des journaux télévisés de 13 ou de 20 heures.
PS : un peu plus et Harry Roselmack perdait son boulot !