Mardi 17 novembre 2009 2 17 /11 /Nov /2009 10:46
Le président de la République et son gouvernement essaient de nous faire croire que les chefs d'entreprises, notamment ces "petits patrons" de petites entreprises (celles qui créent des emplois, tu sais ?) sont les héros modernes. Ils ont raison.

Parce que, pour être patron, il faut être fou. Surtout patron d'une petite entreprise. Surtout patron d'une entreprise avec un(des) salarié(s). Gérant d'une "TPE" (très petite entreprise), c'est même suicidaire tellement c'est héroïque !

Parce que, contrairement à l'idée communément répandue, les patrons de TPE ne gagnent pas énormément. J'en connais un qui, même avant d'avoir dû baisser son salaire de 20% à cause de la crise, gagnait déjà moins que 5 ans plus tôt, quand il était salarié... Et je te parle en valeur nominale, c'est-à-dire sans tenir compte de l'inflation !

Parce que, par un mystère inexplicable, un gérant de PME, même salarié (ce qui n'est possible que s'il est minoritaire au capital de l'entreprise, c'est-à-dire pas seul responsable), n'a pas droit aux allocations chômage en cas de disparition de l'entreprise et donc de mise au chômage... Non, pour le patron, c'est direct le RSA ! Alléluia ! OK, le patron n'est pas un salarié comme les autres. OK, le gérant ne cotise pas aux Assédic (même s'il le souhaite, il peut pas !). Mais quand même... Le seul moyen, c'est de cotiser à des régimes de protection spécifiques, ultra chers, bien plus que les Assédic ! Quand tu es salarié de ton entreprise, que tu ne vis que des revenus de ton travail (parce que, dans une TPE, les dividendes, c'est pas tous les ans et pas très lourd !), et bé, tant pis pour ta gueule, si ton entreprise coule (1 sur 2 dans les 5 premières années), tu vas direct au RSA. Merci d'avoir joué et pris des risques, investi tes économies !

Parce que, en France, les patrons sont tellement suspects d'être des salauds, que tu ne peux pas arrêter librement l'activité de ton entreprise. Par exemple si tu veux faire autre chose. Ou si ton entreprise va mal et que tu veux arrêter avant de perdre ta mise de fond et de t'éviter de porter sur ton petit dos musclé la dette sociale accumulée avant le dépôt de bilan. En effet, plusieurs patrons ont été poursuivis en justice pour avoir arrêté leur activité et, donc, mis leurs salariés au chômage. Motif : c'était un moyen de virer tout le monde sans payer le plan social et sans avoir à le justifier. Peut-être est-ce vrai, surtout si ces gens ont recréé le lendemain une nouvelle entreprise. Mais la suspicion est présente... En France, tu es libre d'entreprendre, pas de désentreprendre. La justice veille au grain. Oui, la suspicion, dis-je. J'en veux pour preuve qu'un gérant de SARL ne peut pas obtenir le tout nouveau statut d'auto-entrepreneur avant un délai d'un an après la dissolution de sa SARL, car il serait alors suspect de vouloir juste payer moins de charges sociales ! Et peu importe que la nouvelle activité se passe sur un autre créneau et à 700 km de là !

Parce que, en France, le droit social a été écrit pour des unités économiques de grande taille. Pas pour des TPE. La protection des salariés est quelque chose que je défendrais toujours bec et ongles. Mais, je demande que la situation particulière des TPE puisse être prise en considération. Or, elle ne l'est pas. Une entreprise qui va mal a le droit de licencier. Elle ne peut pas faire partir les femmes enceintes et ça lui coûte plus cher de licencier les travailleurs les plus âgés. Tout cela est bien. Mais quand tu n'as qu'un salarié, et que ce salarié est une femme - jeune (héros moderne que tu es, tu as voulu donner l'emploi que tu as créé à une femme jeune, et oui...) - et enceinte... Et bé, tu crèves la gueule ouverte. Parce que, même si la salariée était d'accord pour partir en conservant ses droits sociaux (ça s'appelle la rupture conventionnelle, c'est dans la loi), le plus probable est que l'inspecteur du travail va te tomber dessus dès qu'il lira qu'elle est enceinte. Et en plus, en tant que gérant, tu pourras même être poursuivi pénalement ! Donc non, tu ne peux rien faire. Sur le pont du Titanic, l'orchestre jouait... Et ainsi disparaîtra sans doute peut-être dans quelques semaines ou quelques mois ma petite entreprise...

Parce que, en France, un gérant d'entreprise, même salarié, rame comme un malade pour obtenir le moindre crédit. J'ai essayé tout l'été de financer mon déménagement par un crédit. Tant que je dis que je suis salarié et que j'indique mon salaire, tout va bien. Puis le gars de l'organisme voit le mot "gérant" sur le bulletin de paie. Alors, il t'appelle et te demande les comptes de l'entreprise. Quand il les a, il constate que tu viens de sortir un excédent record, que ta SARL n'a aucune dette. Et il te refuse ton crédit. Gérant de PME = risque, danger !

Tout cela est injuste. A tout le moins dur à avaler. Je ne dis pas qu'il faut tenir la main des chefs d'entreprise. On sait ce qu'on fait quand on s'engage là-dedans et on accepte la part de risque qui va avec. Mais si on pouvait, en France, sortir de l'idée de patron = salaud et, de ce fait, accepter que l'échec d'entreprises fasse partie de la vie économique d'un pays et que le gérant peut aussi avoir droit à une forme de protection sociale ou, au moins, des mêmes possibilités que les autres de rebondir, par exemple grâce au statut d'auto-entrepreneur ! Parce que, n'oublions pas, avec le système, le gérant de SARL qui se retrouve sans boulot, il n'a en général plus un rond d'économie mais bien souvent plutôt des dettes ! Va-t-en supporter un nouveau démarrage d'activité, avec des charges sociales à payer dès le premier trimestre ! Et puis, il faudrait que la liberté d'entreprendre soit liée à celle d'arrêter.

Ce que je vais dire ici est terrible, mais c'est vrai : gérant de SARL, plus jamais  !

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