Dimanche 18 octobre 2009 7 18 /10 /Oct /2009 14:55
Il était une fois, il y a très très très longtemps, dans un pays très très très lointain protégé par des fées, des elfes et Brice Hortefeux, un roi très bon et une reine très gentille. Le peuple aimait ses souverains, qui savaient se montrer généreux, modestes, justes, sages et probes.
Le roi avait une grosse barbe grise et la reine une robe violette, un chignon, des petites lunettes fines pour tricoter et une recette du mouton aux olives qu'elle tenait de sa mère et qu'elle ne transmettrait qu'à sa fille.

Sa fille, parlons-en, c'est elle le sujet de ce conte de fées. La princesse s'appelait Leïa, elle était très belle. Elle venait d'avoir dix-sept ans quatre mois et neuf jours, âge qui, dans ce royaume très très très lointain, correspondait à l'âge de la majorité. Leïa était blonde, elle avait des yeux bleus, une peau claire et très douce. D'un grand coeur, d'une gentillesse envers tous, d'une culture raffinée, la princesse enchantait tous ceux qui la croisaient et elle avait, de longue date, conquis le coeur du peuple. Ah oui, on l'aimait la princesse !
Les hommes surtout ne se lassaient pas de la contempler. Les vieux ravivaient les souvenirs de leur jeunesse envolée, avant de rentrer tristement chez eux, d'y retrouver leur grosse vache d'épouse et, non sans un soupir lugubre, de passer dans la pièce voisine pour se planter devant la télé. Mais, les plus passionnés, les plus assidus aux sorties en ville de la princesse, les plus acharnés à organiser leur journée pour se trouver juste sur le passage de la belle au bon moment étaient les jeunes gens de bonne famille, ces jeunes chevaliers de noble rang qui aspiraient à s'attirer les faveurs de la princesse, avec le secret espoir, primo de la choper l'épouser, secondo de devenir... roi ! Car la princesse était la seule héritière du gentil bon vieux roi ...

Ces damoiseaux mobilisaient énormément d'énergie et de soins pour paraître en cour sous leur meilleur jour. Ils rivalisaient d'élégance, d'éducation, d'esprit, de flagornerie et de léchage de bottes pour se faire remarquer primo du souverain, secondo de la target princesse. Deux jeunes hommes, issus des deux plus glorieuses familles de ce royaume très très très lointain prétendaient avec plus de force et de légitimité que les autres à épouser Leïa. Le premier s'appelait Louis de Gonzague, il venait de la province de Franklin, une belle région de coteaux, de jardins et d'ambassades en tous genres. Brun, grand, brillant, tout entier enduit de belle prestance et de savoir fins, Louis aurait pu demander la main de n'importe quelle jeune fille du pays, il l'aurait obtenu dans l'instant. Mais voilà, à Franklin, on était ambitieux à en rayer le parquet et la famille princière des Gonzague n'envisageait pas un mariage pour le jeune Louis avec une femme autre qu'une princesse de très haut rang, si possible de sang royal. Il l'avait juré le soir de ces quatorze ans sept mois moins trois jours : il ravirait le coeur de Leïa et ferait marron tous les autres gentilshommes du très très très lointain royaume. Son rival s'appelait Jean de Passy. Blond comme l'autre était brun, il présentait les mêmes aptitudes et la même prestence parfaite. Charmeur, élégant, courtois, raciste, arrogant et cultivé, il aurait paru un gendre parfait dans la moindre famille noble, y compris chez les ducs, les marquis et les comtes. Prétendre épouser la princesse n'avait rien d'illusoire quand on s'appelait de Passy.
Ces deux-là eussent pu être amis si leurs familles ne les avaient dressés l'un contre l'autre depuis la maternelle. Car il n'y avait qu'une seule princesse, un seul trône et donc il n'y aurait qu'un seul élu.

Pendant que Franklin et Passy se tiraient la bourre, la princesse, elle, s'ennuyait ferme dans le palais. Après les leçons de chose et de maintien qu'elle recevait de la Baronne de Rotechilde, après les obligations protocolaires (inauguration d'écoles, de crèches, d'hôpitaux, de fast-foods, etc.), elle restait seule dans sa chambre, le nez à la fenêtre, rêvant à ce prince charmant qui finirait pas arriver. Elle suivait de loin les manoeuvres des jeunes gens pour attirer sur eux ses grâces. Mais elle les trouvait tous plus fats, benêts, boutonneux et superficiels les uns que les autres. Ce que tout le monde ignorait, c'est que la Fée Orange, sa marraine, lui avait offert un téléphone mobile de troisième génération grâce auquel elle pouvait surfer en paix sur le web. Sous un pseudo que personne n'aurait pu reconnaître (un truc du style Prince.S ou quelque chose comme ça), elle réseautait socialement sur tronchoscope.com, tchatchait avec plein de gens de plein de pays plus ou moins très très très lointains, regardait des vidéos rigolotes et cliquait sur un petit pouce levé quand elle voulait signifier qu'elle aimait. Elle avait enfin plein d'amis qui, eux, ne pensaient pas qu'à la choper ou à devenir rois ! Quelle liberté Leïa trouvait dans cet univers d'anonymat, débarrassé de tout protocole, cet univers où elle pouvait enfin être elle-même !
Ah, quelle belle époque elle vivait !

Mais voilà que deux nouveaux internautes lui demandèrent de devenir leur amie. Le premier s'appelait John of Pacy, le second Ludwig von Gonzesse. L'étrangeté de ces pseudos n'attira pas l'attention de l'ingénue jeune fille et elle accepta.
Le lendemain, les ventes d'ordinateurs décuplèrent dans le royaume très très très lointain ainsi que les demandes de raccord au grand réseau. Plus jamais les relations sociales dans ce royaume ne seraient comme avant...


A suivre...


Leïa saura-t-elle se préserver des pervers qui hantent la toile ? Jean de Passy et Louis de Gonzague trouveront-ils un moyen de marquer des points dans la course à la belle ? Nikos reviendra-t-il sur TF1 ? Saura-t-on qui a balancé la véritable identité de "Prince.S" sur la Toile ? Toutes ces réponses, peut-être, dans le prochain épisode...
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