Jeudi 29 octobre 2009 4 29 /10 /Oct /2009 12:11

La mondialisation actuelle est un échec.

Certes, elle a d’ores et déjà permis le décollage économique des pays émergents…

Mais : elle impose aux pays pauvres un mode de développement et un modèle de société copiés-collés sur les nôtres et qui ne leur conviennent pas forcément.

Mais : elle a rendu possible des accroissements très rapides et très spectaculaires des profits et, dans un monde financier dérégulé, a conduit à des courses effrénées aux profits immédiats et élevés, à des gains de productivité sans limites – plus même la vie et la mort des travailleurs – le tout nous ayant conduit dans une crise majeure de l’économie et de la société.

Mais : elle a conduit à un emballement de la demande énergétique que les modes traditionnels de production, pour l'essentiel consommateurs de ressources limitées, ne sauront pas satisfaire bien longtemps.

Mais : elle a conduit à des dérèglements des circuits alimentaires mondiaux, instaurant des flux transocéaniques d’aliments au seul profit des pays riches et au détriment des producteurs des pays pauvres.

 

Plus grave encore. Elle a rendu tangibles pour tous les écarts de modes de vie entre les riches du Nord et les pauvres du Sud. Entre les riches et les pauvres de chaque pays. Avec Internet, tout se sait, tout se voit, tout est connu partout et très vite. De l’envie que suscite cet affichage obscène naîtra la frustration, puis la haine d’un côté. La peur puis l’irréparable de l’autre, du nôtre : on construira des murs, on dressera des miradors, on fourbira des armes. On braquera des missiles nucléaires vers les plus grandes villes des pays du Sud, prêts à défendre coûte que coûte notre mode de vie, notre modèle économique. Nous nous enrichissons de la misère des autres. Nous profitons de la faillite du système. Nous ignorons qu’il nous conduit inévitablement à la guerre à mort. Pour le pétrole, pour l’eau, pour l’alimentation. Puis bientôt, nous nous battrons pour des terres arables, pour des terres tout court…

 

Il faut remplacer la mondialisation actuelle. Par deux choses. D’une par une mondialisation différenciée, c’est-à-dire établissant une distinction entre la circulation des biens physiques – coûteuse sur le plan environnementale et déséquilibrante sur le plan social – et celle des biens immatériels, services et connaissances. La seconde est profitable à tous, elle est nécessaire et c’est sur elle que doit peser la croissance économique, avec un engagement fort des pays industrialisés dans la formation des jeunes gens et des jeunes femmes du Sud et la constitution d’élites de très haut niveau dans ces pays. Mais la première est catastrophique : sur le plan environnemental bien sûr, tant elle suppose de consommation énergétique pour transporter ces biens entre les lieux de production et ceux de consommation. Et sur le plan social aussi. Parce qu’elle détruit les emplois d’un côté – le nôtre – et ne contribue pas à l’amélioration des conditions de vie de l’autre – au Sud. Les pays émergents produisent pour les marchés occidentaux, pas pour leur marché interne. Parce que, pour faire émerger de tels marchés, il faudrait verser de vrais salaires, permettre la constitution de vraies classes moyennes, massives et dotées de pouvoir d’achat. Et que cela s’accompagnera inévitablement de revendications sociales, puis politiques. La Chine est l’acteur de la mondialisation actuelle, mais son fonctionnement même, celui de ses élites dirigeantes notamment, ne peut accepter l’idée d’un développement social – et encore moins démocratique. C’est l’impasse de la mondialisation qui, pour perdurer, a besoin que perdurent les inégalités sociales, dans et entre chacun des pays.

 

En second lieu, il faut sortir du modèle de développement fondé sur la consommation. La société de consommation nous a enrichis, elle nous menace aujourd’hui. Parce qu’elle use les ressources, parce qu’elle génère en excès des polluants qui créent le dérèglement climatique et l’appauvrissement de la biodiversité. Ce n’est pas si compliqué, il suffirait de produire des biens qui durent plus longtemps et d’arrêter de créer des besoins qui n’existent pas : avoir le téléphone dernier cri est-il nécessaire quand celui d’avant marche encore très bien ? Une voiture peut bien rouler dix ans et non cinq, une robe être portée plusieurs années et qu’importe la mode. Il faut sortir notre civilisation du culte de l’éphémère, du singulier, du jetable. Il faut revenir à une pensée collective de la durabilité, de la modération, de la non-concurrence entre les individus au sein du groupe social. On le voit, dans ce changement fondamental, les industriels ne sont pas les seuls responsables : les Etats, l’éducation et tous les groupes dotés d’un pouvoir d’influence sont concernés, mouillés jusqu’au cou : partis, syndicats, religions, mais aussi média, publicitaires, associations de consommateurs… Et, au sein de chaque foyer, les adultes, parents en tête…

Les deux piliers de cette révolution qui est une évolution historique en tant que telle sont liés : la sortie du consommé jetable minimisera les besoins de production, de circulation, puis de recyclage des marchandises. Il n’y a rien d’imbécile ni d’injuste ni de dégradant à payer une ampoule deux fois plus cher si elle doit durer cinq fois plus longtemps ! Et si cette évidence simple ne l’est pas – évidente – alors c’est que nous sommes peut-être déjà en train de perdre cette bataille, cette bataille qui est encore pacifique et qui seule peut éviter l’autre, celle par les armes, celle qui éclatera immanquablement si nous n’inventons pas rapidement un modèle de développement planétaire, différencié, respectueux des cultures et des sociétés locales, de leurs économies et de leur patrimoine naturel, un modèle de développement permettant aux peuples du Sud de vivre bien, eux-aussi. Pour apaiser les frustrations et faire reculer la haine. Pour rendre inutiles nos murs, nos armes et nos miradors…

 

Si nous ne le faisons pas, notre monde entrera dans une ère de pénurie, de haine, de guerres, de destruction, de mort. De honte pour nous, qui savions, qui pouvions, et qui hésitons encore. Qui refusons. Qui nions. Qui semblons pencher pour les murs, les armes et les miradors.

 

De ce monde-là, je ne veux pas.

De cette course folle à la création de richesses non partagées, je ne veux pas. De cet engrenage destructeur des ressources, des cultures et des sociétés locales, je ne veux pas.

De la guerre mondialisée que nous préparons, je ne veux pas.

De la fin d’un monde qui fut le nôtre et que nous ne semblons pas être capables – ni même vouloir ? – transmettre à nos successeurs, je ne veux pas.

 

 

Moi non plus je ne suis pas né écologiste. Je le suis devenu. C’est la seule bonne nouvelle ce matin : d’autres aussi le peuvent. Nous le pouvons tous.


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