Mercredi 9 décembre 2009
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La fille assise en face de moi se gondole toute seule devant l'écran de son ordinateur portable. Elle doit regarder une série, tu sais, une de ces séries US qui
inondent nos écrans toute la semaine et que l'on retrouve sur Internet, histoire de pouvoir revoir à toute heure du jour et de la nuit les 300 épisodes précédents. Bref, elle se marre en
regardant son écran et, comme je n'entends pas le son, je trouve ce spectacle d'une fille qui rit toute seule amusant, un rien décalé, un peu symptomatique de l'époque aussi.
Elle rit et elle devient contagieuse. J'ai envie de rire aussi mais je n'ai aucun motif pour ça. Je suis là, seul, j'attends quelqu'un qui ne viendra sans doute pas. Le soir tombe peu à peu et la
brume recouvre les façades des monuments et des immeubles. Paris s'apprête à entrer dans la nuit hivernale, je suis un brin nostalgique et la fille en face de moi se gondole.
Je termine mon café d'un trait et je ferme les yeux. Et c'est étrange. C'est comme si le brouhaha ambiant de ce café avait disparu tout à coup : je n'entends plus que ce rire, très net,
parfaitement détaché de l'immense silence environnant. Je ne rouvre les yeux que lorsque le rire s'arrête. Je vois la fille replier son portable et l'enfouir dans une sacoche en tissu. Elle
ramasse ses clés et son Iphone sur la table devant elle, enfile sans plus sourire son manteau brun, déteint sur le côté où elle ajuste ensuite son sac. Depuis combien d'années porte-t-elle le
même manteau l'hiver avec, toujours, chaque jour que Dieu fait, le sac sur la même épaule, la gauche, alors même que la plupart des femmes le porte sur l'épaule droite ? Elle passe devant moi,
elle ne m'a pas vu, pas regardé, pas "calculé" comme disent les jeunes.
Elle passe et je la trouve belle. Elle sent bon.
Je la regarde partir dans la rue, elle va atteindre le coin, la bouche du métro ou je ne sais quel endroit qui va l'avaler et la soustraire à jamais à ma vue. Un sentiment d'effroi me saisit. Je
jette mes quelques affaires dans mes poches et sort en coup de vent de ce troquet. La fille est là, à quelques mètres devant moi, elle téléphone. Cet appel inopiné m'apparaît miraculeux, tous les
Dieux de l'Olympe sont avec moi ! Je souris, elle raccroche, je remonte mon col, elle reprend sa marche.
Et je la suis...
"Chéri ! Chéri ! ... Ouhouh ! ...
- Oui... Quoi ? ...
- C'est l'heure mon coeur, réveille-toi..."
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