Mercredi 13 janvier 2010 3 13 /01 /Jan /2010 18:22

L’adage veut que les voyages forment la jeunesse, je pense surtout que ceux en train développement les blogs. Que de pages ai-je pu écrire dans les trains ! Que d’histoires me sont venues dans des gares ! Désormais, chez Picouly à France 5, à la question : "quel genre d’auteur êtes-vous ?", je répondrai toujours : un auteur ferroviaire !

Il y a le papier précédent, et bien d’autres sur ce blog, écrits dans des trains depuis 18 mois, depuis que, par un hold-up de l’histoire amoureuse de l’humanité, je me suis retrouvé à monter à Paris régulièrement avant, par une nécessité professionnelle, de me retrouver à descendre tout le temps dans le Sud…
Mais il y a plus. Il y a quelques années, j’attendais un train au Buffet de la gare de Bordeaux Saint-Jean. Je devais siroter une bière probablement et, dans la salle, à une vingtaine de mètres de moi, il y avait une fille dont je ne voyais pas le visage. Elle et moi sommes devenus les personnages d’une nouvelle, commencée quelques minutes plus tard dans le TGV. Oh, pas un chef d’œuvre ! Je ne te l’ai d’ailleurs jamais proposé à la vente sur www.lulu.com (le site Internet où tu peux commander toutes mes précieuses contributions au génie littéraire français) (note que ceci n’est pas une tentative publicitaire de ma part) (oh non : c’est pas mon genre !) (je saurais même pas faire…).

Une autre histoire littéro-ferroviaire est encore plus belle. Un jour, je prenais le train à Limoges pour rentrer à Paris. Je n’avais aucune idée en tête. Et puis, j’ai ouvert l’ordinateur et j’ai commencé à écrire quelques mots. Franchement, comme ça, comme ça venait, histoire de voir. Je n’ai pas lâché mon clavier jusqu’à Austerlitz. Tandis que le train arrivait en vue des quais de la gare, j’ai mis le point final à une nouvelle de 10 pages, intitulée Le Musée, une historie de rencontre dans un Musée du Vatican imaginaire, avec une fille étrange qui porte une libellule sur l’épaule… Ce qui rend l’anecdote particulière, qui lui donne sa saveur, c’est que la semaine suivante, jour pour jour, j’ai repris le train à Limoges pour remonter à Paris. J’ai ouvert l’ordinateur et j’ai commencé à pianoter quelques mots, comme ça, pour voir. Je jure que je n’avais pas un seul instant imaginé en montant dans le train que j’allais écrire une seconde nouvelle ! Et je jure que cette histoire de 10 pages exactement dont j’ai mis le point final en arrivant à Austerlitz, je ne l’avais pas en tête, ni de près ni de loin, en montant dans la rame ! C’est arrivé pourtant : une seconde nouvelle, Le Lancier, était écrite. Pour ta gouvernante, sache qu’elles font toutes les deux partie du recueil intitulé Le Passager clandestin, disponible sur www.lulu.com sous mon pseudo Saint-Gilles. (Note que ceci est ouvertement une incitation publicitaire !) (en fait si : je sais faire…)

J’écris toujours directement sur l’ordinateur. J’écris d’abord toujours le début. Après, il m’arrive d’écrire des morceaux sans tenir compte de l’ordre. C’est d’autant plus vrai pour les textes longs. Parfois, la fin est écrite très tôt. En général, quand j’ai les quelques pages du début, il y a un temps d’arrêt au cours duquel je construis globalement la structure de l’histoire : personnages, trame scénaristique, épisodes clés, etc.
Après l’écriture, il y a toujours un temps de latence. Quand un livre est fini, il y a une période de grand vide. D’incapacité à rien sortir. Dans ces moments, les voyages en train deviennent franchement longs et pénibles ! Au début, ça m’angoissait un peu. Maintenant non, j’ai appris à faire avec et je sais que ça finira par passer. Après Ce que nous sommes, je suis resté dix-huit mois sans rien faire. C’est long ! Et puis, le manque s’installe. Pour moi, écrire est un loisir, mais un loisir capricieux : parfois, l’inspiration me boude et me laisse sec devant la page. D’autres fois, l’envie d’écrire devient oppressante. Je ne suis finalement pas très libre face à cela. L’autre jour, j’expliquais à une cousine que je ramais beaucoup en ce moment, que l’écriture de mon nouveau roman s’avérait très difficile, que je piétinais, n’aimais pas trop ce que je faisais. Elle m’a dit que ça devait rester un loisir – et donc un plaisir. Et c’est là que j’ai formulé cette histoire de manque : j’écris parce qu’il le faut. Parce que je me sens mieux si j’écris des trucs pourris que si je n’écris pas du tout.

Dans tout cela, le blog joue un rôle important. Certes, tu n’y trouves pas que des textes "littéraires" mais il constitue un lieu d’écriture à part entière, avec ses mécanismes propres, la possibilité d’un apport graphique, etc. Plusieurs textes écrits d’abord sur le blog ont ensuite été intégrés à un recueil (En compagnie des zèbres et de quelques gazelles, tu sais où aller si tu veux en savoir plus !) Mais ce n’est pas leur vocation. Un blog n’est pas un livre, ni un terrain d’essai. Il est en soi une expérience – et une expérimentation ! Et je suis donc revenu de la tentation de "faire un livre" avec les meilleurs textes de ce blog.

Voilà. Encore un voyage en train profitable à ce blog (enfin je l’espère quand même un peu !). Le soleil décline sur l’horizon, nous approchons d’Orléans. Dans une heure, nous arriverons à Austerlitz. Qui sait si, d’ici là, quelques lignes de plus…



 

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